Moins que zéro – [Bret Easton Ellis]

Ok. Je triche un peu. J’ai lu ce livre en décembre dernier. Il ne fait pas vraiment partie de mes « actualités littéraires », mais bon. Il m’a mise tellement mal à l’aise qu’il m’est difficile de l’oublier.

Est-ce un grand roman ? Définitivement, mais peut-être pas selon les codes habituels. C’est un grand roman donc, au sens où il hante. Dans 10 ans, on parlera de classique (si ce n’est pas déjà le cas).

Le roman donne cette sensation désagréable de décuver en même temps que le narrateur s’enivre. C’est grisant et glaçant à la fois. Rien n’a de sens, ni de profondeur, ni de couleur. On en reste à la surface des choses. Entre drogue, alcool, indifférence, sexe, argent, violence, tous les attributs de la jeunesse « dorée » de Los Angeles sont mélangés, tartinés, superposés, amplifiés, pour servir un parfait roman de la désillusion. [Rien n’est moins doré que la vision de leurs vies grises et fades]. Mais une telle désillusion à 18 ans (l’âge des protagonistes) rend le propos du roman encore plus cruel.

Pour un premier roman (car oui, c’est un premier roman, publié à 20 ans – oh my ! j’ai subitement l’impression d’avoir raté ma vie…), pour un premier roman donc, il n’en est pas moins « abouti » : roman de la désillusion, c’est surtout un roman du désoeuvrement. Car finalement, il ne se passe rien. Ou plutôt si, il se passe quelque chose : le lecteur plane avec Clay (le narrateur), dans cette absence de but, de sens, de projet, de sentiments, de sensations.

Un résumé ? Difficile. On peut dire, de manière caricaturale, qu’il s’agit d’un roman écrit à la première personne, contenant peut-être, probablement, sûrement (?)  des éléments autobiographiques de la vie de Bret Easton Ellis. Clay, un étudiant de la côte est, revient chez ses parents à L.A. pour les vacances de Noël. Il s’ennuie et flotte de soirées en soirées, et de non-événements en non-événements. Tant est si bien que cet ennui absolu lui fait perdre le sens de la réalité et la hiérarchie naturelle entre les situations. Explication : tous les événements sont racontés de la même manière, froidement, et mis sur le même plan. Ainsi, une soirée ennuyeuse, un déjeuner en famille et un viol organisé provoquent chez Clay la même apathie et la même indifférence.

(On le voit rien que dans le style, brut, fait de juxtapositions, sur le mode de la parataxe – ouh là, un terme compliqué, tout de suite ça fait prétentieux !)

Glaçant, je vous disais.

Qu’est-ce qui en fait un grand roman selon moi ? Voir ci-dessus. Et cette capacité à décrire un univers dépourvu de tout affect.

Carte d’identité

  • Titre : Moins que zéro
  • Titre original : Less than zero
  • Date de publication : 1985
  • Édition (poche) : 10-18
  • Nombre de pages : 235
  • Traduction : Brice Matthieussent

Un extrait !

« La fille à côté de laquelle je suis assis à After Hours a seize ans, elle est bronzée et me dit qu’elle trouve tragique que KROQ ait un hit-parade. Blair est assise en face de moi, à côté de Trent, qui imite une célébrité de la télé pour deux blondinettes. Rip vient à notre table après avoir discuté avec la vedette porno gay installée au bar avec sa petite amie et il chuchote quelque chose à l’oreille de Blair et tous les deux se lèvent pour partir. La fille à côté de moi est saoule, elle a posé sa main sur ma cuisse et elle me demande maintenant si The Whiskey a vraiment brûlé et je lui réponds ouais bien sûr, et Blair et Rip reviennent s’asseoir. Tous deux paraissent incroyablement allumés. La tête de Blair remue rapidement d’avant en arrière pendant qu’elle regarde les gens danser sur la piste ; les yeux de Rip bougent en tout sens, il cherche la fille avec qui il est venu. Blair prend un crayon pour écrire quelque chose sur la table. Rip repère sa copine. Un grand type blond se pointe à notre table, l’une des filles assises à côté de Trent bondit sur ses pieds et s’écrie : « Teddy! Je te croyais dans le coma! » et Teddy explique que non il était pas dans le coma mais il s’est fait sucrer son permis pour conduite en état d’ivresse sur la Pacific Coast Highway et Blair continue de dessiner sur la table et Teddy s’assoit. Je crois apercevoir Julian, je me lève pour aller au bar, puis je sors, il pleut, et j’entends Duran Duran à l’intérieur, une fille que je ne connais pas passe devant moi et dit : « Salut », je hoche la tête, puis vais aux toilettes, verrouille la porte et je me regarde dans la glace. »

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