La sorcière d’avril et autres nouvelles – [Ray Bradbury]

Dans un moment improbable où je traînais au rayon science-fiction jeunesse d’une bibliothèque, le titre de ce recueil de quatre nouvelles de Ray Bradbury m’a interpellée. Publié aux éditions Actes Sud Junior, son format, son papier et ses illustrations attirent l’oeil. Ces dernières sont de Gary Keller, dont je vous invite à découvrir les dessins au pastel ici.

Autant le dire d’emblée, je n’ai pas d’affinités particulières avec la SF. Ce serait même plutôt l’inverse. Mais avec Bradbury, on a affaire à un auteur de premier rang, dont l’écriture rivalise en poésie et en émotion avec les plus grands. Bref, ça m’a plu.

La thématique abordée est celle de l’autre monde, comme possible reflet de notre monde. C’est en effet l’avantage de la SF que de pouvoir créer ou renouveler des perspectives imaginaires qui trouvent un écho dans le monde réel. Ici, dans la nouvelle La brousse, le lecteur se trouve face à un monde sous l’emprise de la technique, où l’homme finit par perdre sa liberté, son autonomie et ses désirs propres. Ceux-ci étant tous assouvis sans frein et sans limite, la conséquence inéluctable est le malheur. La nécessité de réagir pour retrouver sa liberté se fait alors cruellement sentir.

De même, dans Comme on se retrouve, Bradbury explore un thème qui lui est cher (cf. Les Chroniques martiennes), avec le récit d’une vie humaine sur la planète Mars. Là encore, un fort écho social, historique et philosophique, avec en arrière-plan la marginalisation d’une minorité, une opposition oppressés-oppresseurs, qui finit par se retourner contre l’oppresseur.

Dans la nouvelle liminaire (La sirène), le récit fait référence à un temps immémorial, où l’homme se trouve confronté à ses propres angoisses, où la sirène d’un phare se réveille après des millénaires à l’appel d’un monstre marin… L’atmosphère fait un peu froid dans le dos.

Bradbury se « risque » enfin à traiter du thème de l’amour dans La sorcière d’avril. Mais là encore, il détourne les schémas habituels pour se placer du côté d’un esprit, d’une sorcière invisible, qui réagit de manière semblable aux êtres humains.

Il serait vain de faire un résumé de ces quatre nouvelles : le récit en lui-même n’est finalement pas central, l’écriture prend le pas (selon moi) sur ce qui se dit. Les illustrations viennent également créer un autre degré de lecture.

Ces nouvelles sont toutes très poignantes, extrêmement bien écrites (s’il était besoin de le dire), et ont un fort potentiel philosophique. Quoique toutes très différentes, elles expriment bien l’univers de Bradbury et sont un bon moyen d’entrer dans son oeuvre fictionnelle.

Carte d’identité

  • Titre : La sorcière d’avril et autres nouvelles
  • Titres originaux : The fog horn, The other foot, The veldt, The april witch
  • Dates de publication : 1950-1952
  • Édition (présente) : Actes Sud Junior
  • Nombre de pages : 92
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