Le jour où les chiffres ont disparu – [Olivier Dutaillis]

Le jour où les chiffres ont disparuVoici un roman de la rentrée littéraire, dont le titre m’avait inspirée.

J’avoue avoir été un peu déçue. Par le conformisme de l’écriture, par la fin, par le malaise qui se crée au fur et à mesure, là où le lecteur (moi en l’occurrence) attendait plus de « loufoquerie », et non une réflexion métaphysique sur la névrose humaine, la psychiatrie, le malaise, la vie, l’amour, la mort.

Voici la 4e de couverture, et ce qu’elle « promet » :

« Anna, jeune virtuose, interrompt brutalement sa carrière, frappée d’un mal étrange : la mathématopathie aiguë. Elle choisit alors de s’en prendre aux chiffres eux-mêmes, et conçoit un grand projet pour combattre cette tyrannie. Un projet pas si fou que ça.

La plume alerte et incisive d’Olivier Dutaillis nous entraîne dans un univers résolument décalé où la névrose des personnages n’est qu’un prétexte à déchiffrer l’énigme du quotidien. Un roman profondément original, teinté d’humour et de fantaisie. »

Certes, j’aurais dû m’en apercevoir : « projet pas si fou que ça », « n’est qu’un prétexte »… Et les accroches sans originalité : « profondément original », « teinté d’humour et de fantaisie ». Toujours est-il que je l’ai lu, avec de moins en moins d’enthousiasme.

Tout d’abord, la surprise : l’ordre des numéros de chapitres est inversé. Cela va du chapitre 27 au chapitre 1, puis 0!, puis ♥♣♠*° (et autres signes cabalistiques). On comprend donc d’emblée que le roman tend vers cette disparition des chiffres annoncée par le titre.

Mais outre cette progression d’une démarche iconoclaste, le roman opère aussi une gradation dans le malaise : on passe de l’univers musical, harmonieux à l’univers de l’hôpital psychiatrique, glaçant, malgré des tentatives de légèreté et d’humour de la part de l’auteur.

Finalement, ce qui dérange et crée le malaise, c’est le ton extrêmement lucide, réaliste, voire plat du narrateur (le psychiatre qui finit par prendre en charge Anna), qui ôte un peu de surprise. L’auteur a voulu intellectualiser cette histoire de disparition de chiffres, et y ajouter une profondeur, qui, selon moi, n’avait pas lieu d’être. D’où ma déception, sur cette histoire somme toute originale, racontée de la façon la plus banale.

Carte d’identité

  • Titre Le jour où les chiffres ont disparu
  • Auteur : Olivier Dutaillis
  • Genre : roman
  • Date de publication : septembre 2012
  • Édition : Albin Michel
  • Nombre de pages : 230

Un extrait !

« J’ai lu avec curiosité ces problèmes extravagants. Derrière des énoncés apparemment indéchiffrables, c’est elle-même, sa propre vie qu’elle semble mettre en équations. D’ailleurs, plus on avance dans ses recueils, plus la teneur des interrogations devient personnelle. Comme un étrange journal intime, tout en questionnements. Le témoignage d’une femme tourmentée, qui reste une énigme pour elle-même. Elle y parle de la famille, de ses émotions, de la vie affective, de la solitude, du vieillissement, de l’absence d’enfants… Et, au delà des probabilités loufoques, des problèmes de logique tordus, des détails farfelus, on arrive à  des questionnements du type : « Que dois-je faire ? » Et même quand elles sont formulées à la troisième personne, c’est clairement d’elle-même qu’elle parle : « Que va-t-il lui arriver ? Combien de chances a-t-elle de s’en sortir ? Doit-elle le suivre ou pas ? Va-t-elle mourir ? » Pour moi, ces recueils constituent la poésie d’Anna. Son jardin secret. »

(p.63, édition Albin Michel)

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