[Cycle Laurent Mauvignier #1] – Ce que j’appelle oubli

Je commence (sous la contrainte, je ne m’en cache pas) un « cycle Mauvignier ».

Ce que j’appelle oubli est une claque – une grosse claque pour un petit roman / récit / livre, je ne sais pas quel nom lui donner. 

Laurent Mauvignier s’est inspiré d’un fait divers survenu à Lyon en décembre 2009. Un SDF se fait arrêter puis tabasser par quatre vigiles dans un supermarché, pour avoir volé une canette de bière. La violence des coups et de la mort ne nous est pas épargnée, pas plus que notre part de responsabilité dans une telle situation. Le constat peut sembler lui aussi violent, voire extrême, mais n’en comporte pas moins une part de réalité. Mauvignier ne cherche sans doute pas à déresponsabiliser les vigiles de leur acte, mais il veut nous rappeler que nous sommes tous un peu responsables d’avoir « tué à petit feu » cet homme, par notre indifférence et notre froideur à son égard. C’est ce qui donne un ton gênant, dérangeant à ce très court récit. Bon, on peut trouver ça gnan-gnan. D’habitude, j’ai moi-même du mal avec toute « littérature » qui tente de réhabiliter une (pseudo) morale, chrétienne ou autre, à coups de « aimez votre prochain », et « notre monde souffre de l’indifférence à l’autre », etc. Sur le fond, bien sûr, personne ne peut être en désaccord avec ça. Mais souvent, ça m’énerve et je finis pas le bouquin en question. Littérature et morale font souvent – allez, parfois – mauvais ménage.

Ce n’est pas le cas ici, et c’est sans doute dû à la brièveté du récit (c’est l’affaire d’une demi heure). Le style est sobre, il n’y a pas de phrases, seulement un « flot de conscience ». La narration n’est ni commencée, ni finie (minuscule et tiret encadrent le texte). On ne s’appesantit sur rien, à peine sur l’acte en lui-même de la violence gratuite. On n’a pas le temps de pleurer, ou de réfléchir profondément.

Seulement de se prendre une claque.

(Précisions sur le fait divers, ici : TF1 – Faits divers)

A bientôt pour d’autres aperçus sur Laurent Mauvignier (à dire vrai, j’ai du mal à trouver un de ses romans qui ait l’air un tantinet joyeux…).

Carte d’identité

  • Titre : Ce que j’appelle oubli
  • Auteur : Laurent Mauvignier
  • Genre : récit
  • Date de publication : mars 2011
  • Édition : Éditions de Minuit
  • Nombre de pages : 62

Un extrait !

 « – non, pas la mort, seulement protéger ses yeux des coups de pied et des injures, car à la fin le seul monde possible c’était l’écho du fracas de son corps et pas les mots que le procureur et la police ont dits et répétés et qu’on a entendus dans les rues et les journaux, jetés sur la voie publique comme pour y faire pousser des fleurs (comme si toute la vérité du monde tenait là-dedans !), et alors, ces mots colportés par les journalistes, les gens, les voisins, ceux qui votent, qui parlent, ceux-là mêmes qui l’ont ignoré ou méprisé en le tuant à petit feu tous les jours, lui, sans le savoir et aussi définitivement que les autres, mais qui ont dit, les vigiles ne doivent pas, on ne tue pas un homme pour une chose comme celle-là, c’est impensable et alors, s’il le voyait, qu’est-ce que tu crois qu’il penserait ? » 

[p.37, Les éditions de minuit]

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