Le duel, une passion française – [Jean-Noël Jeanneney]

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu un livre d’histoire. Wahou. Enfin « livre d’histoire », c’était rigolo, entendons-nous bien, parce que sinon, je ne l’aurais pas lu. Bref. La raison de ma lecture n’est ni plus ni moins la volonté de me cul-ti-ver, et d’en savoir plus sur l’histoire de ce nouveau sport que je pratique depuis peu (avec passion, ambition, et conviction) : l’escrime.

Le livre en question retrace l’histoire du duel en France, de 1789 à 1914. Plus précisément, l’auteur traite de la manière dont la pratique du duel a peu à peu disparu après l’Ancien régime, alors qu’elle était devenue depuis longtemps anachronique. Au pistolet ou à l’épée, les duels, quoique réprouvés par les pouvoirs publics, continuent d’avoir lieu jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, et ceux qui opposent des « personnalités » sont chroniqués dans les journaux et gazettes de l’époque. C’est que, abolir cette tradition française n’est pas chose facile, tant elle est ancrée dans les moeurs des classes supérieures. Il ne s’agit pas tant de tuer (depuis longtemps, le cours du duel est interrompu au « premier sang », soit dès que l’un des deux duellistes est blessé), que de rétablir la justice, contre l’outrage vécu personnellement.

La question de l’honneur revient donc sans cesse : ce n’est pas tant la pratique du duel qui pose problème, que le fait que, refuser de se battre quand on nous y engage, c’est perdre son honneur, voire sa virilité. Ainsi, le duel perdure longtemps, mais l’auteur montre bien que de plus en plus, les assauts ont pris des tournures ridicules et caricaturales : la plupart du temps, l’offensé provoque son adversaire à se battre, mais d’un commun accord tacite, les deux font en sorte que le combat soit écourté (on décide de tirer à côté…), voire qu’il n’ait pas lieu (ce dernier subterfuge revenant finalement à ce que les deux opposants perdent la face en même temps, ce qui annule l’humiliation publique).

De nombreuses anecdotes pittoresques ou tragiques mettent l’histoire en contexte, et l’illustrent via des cas particuliers. Un cahier central avec des photographies, gravures et extraits de journaux enrichissent la réflexion. En définitive, une lecture à la fois divertissante et éclairante.

À voir, sur le même thème : Les duellistes, premier film de Ridley Scott, adapté de la nouvelle de Joseph Conrad. Très bon film, qui retrace l’histoire de deux officiers pendant les guerres napoléoniennes, qui se rencontrent et se croisent pendant deux décennies, et qui sont contraints de se provoquer en duel à chaque fois. Époustouflantes performances des « duellistes en question » (Keith Carradine et Harvey Keitel).

Carte d’identité

  • Titre : Le duel, une passion française (1789-1914)
  • Auteur : Jean-Noël Jeanneney
  • Genre : essai
  • Date de publication : mars 2004
  • Édition : Seuil
  • Nombre de pages : 238 pages

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4 réflexions sur “Le duel, une passion française – [Jean-Noël Jeanneney]

  1. Le dernier duel “officiel” en France date de 1967, entre Gaston Defferre et René Ribiere, alors tous deux députés; le premier ayant traité le second d' »abruti » à l’Assemblée nationale, René Ribière demande réparation « par le fer » (ce sera l’épée). Il est blessé deux fois et perd le duel, qui a été filmé: http://tinyurl.com/ax3rsdc

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