Considérations de l’instant – [Rémy Disdero]

« Poète, et fin observateur du quotidien, Rémy Disdero reprend cette tradition en brossant le portrait d’un homme moyen qui a intégré les normes sociales jusqu’à l’absurde, et dressé pour dissimuler ses envies et ses excrétions un rituel quasi religieux. L’auteur évoque les odeurs du corps et le soin des vêtements, les règles d’hygiène et les dames pipi, les plaisirs de la rétention et ceux de la vie de couple. Comment céder aux fonctions naturelles sans laisser de bruits ni d’odeurs ?

Ce texte dit l’obsession du contrôle social, tout en redonnant leur lustre aux lieux “où même l’empereur se rend seul”. Un manuel de pudeur et de bonnes mœurs, entre poésie et sociologie. »

Voici la 4e de couverture de ce très petit livre, dont – j’ai honte de l’avouer – la couverture rose bonbon m’a attirée en librairie. Et aussi, ces étiquettes collées en guise de titre et de 4e de couv’, de travers. Oui, la matérialité du livre importe.

Peut-être faut-il commencer par dire qu’il est publié aux éditions Attila, ce qui en dit long, pour ceux qui connaissent un peu la ligne éditoriale de la maison. Elle explore notamment « certaines littératures flagrantes », comme on peut lire sur leur site. Entendre par là des textes à la marge, un peu intellectuels, un peu provocants, un peu surréalistes.

Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé que ce livre s’insérait très bien dans la chronologie de mes lectures. Pourquoi ? Parce qu’après le Journal d’un corps, il me semblait logique de pousser plus loin encore les considérations corporelles. Ici, presque que des considérations scatologiques.

Le narrateur est une espèce de dandy, dont l’obsession première est l’hygiène, et qui se préoccupe continuellement de ses propres émanations corporelles, ou les étudie, ou les scrute… Revient régulièrement la phobie d’excréter : action qui donne lieu à des stratagèmes alambiqués pour la cacher aux yeux, oreilles et narines du commun des mortels, qui, lui, peut déféquer sans honte ni conscience aucune. Il y a de l’Ariane de Belle du Seigneur dans ce personnage qui aime son corps excessivement mais en exècre les rejets en tous genres. La préoccupation cruciale devient alors de n’être jamais surpris dans une situation jugée embarrassante.

Pour décrire (en long en large et en travers) le fait – tout naturel – d’aller aux toilettes, le narrateur emploie ainsi tout un champ sémantique assez représentatif de son raffinement, qui se retrouve jusque dans son langage : mictions, se décharger, évacuation des matières, caguer, les fèces, excrétion, excréter, étrons, selles, déjections, abouler, egestae, commission, un tube, colombin, lieu d’aisances…

Oh, j’allais oublier ! Le sous-titre, entre parenthèses, c’est (Annales anales).

Carte d’identité

  • Titre : Considérations de l’instant (Annales anales)
  • Auteur : Rémy Disdero
  • Genre : « texticule »
  • Date de publication : automne 2012
  • Édition : Attila
  • Nombre de pages : une trentaine (pas de folio)

Un extrait !

 » Je suis fourbe, c’est entendu, mais un fourbe sincère, aussi ne tairai-je pas le rituel humiliant de l’accroupi, dont la ruse tient au fait que le bruit de l’urine qui choit sur la faïence est distinct de celui de l’eau. Lors, pour tromper l’oreille du curieux, ou laisser le soupçonneux à la non-vérifiabilité de ses soupçons, je m’astreins à faire concorder mes mictions aux toutes premières rincées, contre mur, de biais, quand l’eau coule pour chauffer (ainsi le temps passé à mouiller la peau avant savonnage demeure inchangé). Incidemment l’éclat de l’urine est ouaté. Mélangée à l’eau de fond de baignoire ou de douche, la pisse n’occasionne aucune salissure, pas même au mur, contre lequel le jeune jet d’eau frémissant rejoint à la visée le fil d’urine rancie (par la nuit ou les navets). L’odeur portant somme toute assez loin, j’incline à verrouiller la porte de la salle d’eau, que j’ai munie de boudins, préférant la certitude de me retrouver seul avec une odeur que je maîtrise (moyennant un temps de dispersion), au suspense angoissant d’une porte laissée en proie aux enfoncées impromptues, de toutes inadvertances. »

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