Un homme – [Philip Roth]

Un homme, Philip Roth

« C’est l’histoire d’un homme qui… » En réalité, ce roman n’a rien d’une histoire drôle, et Philip Roth ne pouvait trouver meilleur titre à son roman. Car il s’agit bien là de l’histoire d’un homme, dans ce qu’il a de plus humain : une vie amoureuse qui va d’échecs en échecs, une vie familiale également désastreuse, une santé aléatoire, la peur de la mort… Cet homme, « un » homme, n’a pas de nom car il pourrait être n’importe qui. Ce qui fait la force de ce récit.

Sur le mode de l’analepse (le flashback littéraire), le narrateur déroule la vie de l’homme dont il est question, une vie marquée par la crainte de vieillir et la peur de la mort, justifiées par une santé fragile. Plusieurs opérations, des douleurs un peu partout, cet homme vit dans l’acceptation silencieuse mais non moins amère de sa condition un peu trop humaine. Mais en dépit de ces maux physiques, le désir de plaire continue à agir comme une drogue : grand séducteur, l’homme sera marié trois fois, trois mariages qui feront naufrage. Ses relations avec ses enfants et son frère ne se tiennent pas mieux, méprisé des uns, méprisant les autres.

Amertume, dégoût et désillusion accompagnent cet homme très tôt, et jusqu’à sa mort (qui ouvre le récit), et ce malgré des succès professionnels. En définitive, il s’agit d’un récit sur la difficulté à devenir l’homme que l’on veut être, et sur le désenchantement qui la suit.

Un court récit pourtant poignant, que j’ai apprécié tant pour le style sobre mais évocateur que pour la manière dont l’histoire de cet homme, qu’on finit par prendre en pitié en dépit de ses nombreux défauts, est rendue universelle. Un roman autobiographique ?

Carte d’identité

  • Titre Un homme
  • Auteur : Philip Roth
  • Genre : roman
  • Date de publication : 2006
  • Édition (poche) : Folio
  • Nombre de pages : 182

Un extrait !

« Mais à présent, lorsqu’ils bavardaient, il se sentait pris d’une froideur injustifiée et, à la jovialité de son frère, il répondait par le silence. La raison en était ridicule : il détestait Howie à cause de sa santé de fer. Il détestait Howie parce qu’il ne savait pas ce que c’était que l’hôpital, parce que la maladie lui était inconnue, parce que son corps ne portait nulle part la cicatrice du bistouri, parce qu’il n’avait pas six stents logés dans les artères, avec, glissé dans la cage thoracique, un système d’alarme cardiaque appelé défibrillateur, nom qui, quand il l’avait entendu prononcé pour la première fois par son cardiologue, lui avait paru assez anodin, et vaguement associé aux vitesses d’un vélo. Il le détestait parce qu’ils étaient issus des mêmes parents, se ressemblaient beaucoup physiquement, et que Howie avait hérité d’une santé de fer, tandis que lui étaient échues en partage les faiblesses cardio-vasculaires. Cette rancune était ridicule, Howie n’y était pour rien, il jouissait de sa bonne santé, voilà tout. Cette haine était ridicule : Howie était né comme ça, voilà. »

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Une réflexion sur “Un homme – [Philip Roth]

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