Une semaine en BD

Peut-être est-ce l’influence du Festival d’Angoulême, que j’ai suivi d’assez loin, je dois avouer, mais toujours est-il que cette semaine, je n’ai jamais lu autant de BD d’un coup. Pas très difficile, car il est vrai que j’en lis peu d’habitude. Voici un aperçu de ces BD, dans des styles très différents.

GIRLS DON’T CRY – Nine Antico (Glénat)

Une série de planches en couleurs (dans les tons majeurs jaune, orange et bleu-gris) qui relate les tribulations quotidiennes d’une bande de trois copines étudiantes : Pauline, Marie et Julie. Rien de très original dans ces planches, qui génèrent souvent des sourires, parfois un rire. Mais au final, si on s’y reconnaît (« on » = toute étudiante de 20 ans et plus), le style et les saynètes ne présentent pas un intérêt démesuré. Une BD « détente » donc.

ROMAIN – Mélaka (L’Association)

Dans un autre genre, une BD sur l’adolescence. Toute en noir et blanc, le style assez jeune n’empêche pas à cette BD d’être extrêmement déprimante. Des rires et de la bande de copains du collège, elle bascule assez rapidement dans un univers adulte, fait de deuil, de souffrance et de culpabilité. Mélanie, élève en 3e, a peu d’amis et trouve ses congénères stupides et inintéressants. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Romain et sa bande d’amis, qui l’intègrent dans leur groupe et avec qui elle s’entend particulièrement bien. Les amitiés se font, beaucoup de bêtises adolescentes les soudent. Puis Mélanie et Romain sortent ensemble. Leur amourette dure le temps que Mélanie se lasse (3 semaines). Quand elle rompt, Romain ne s’en remet pas et commet une tentative de suicide. A partir de là, Mélanie est propulsée dans un monde d’incompréhension et de remord qui la ronge. En bref, ce n’est pas une BD joyeuse, et le propos est loin d’être simple et facile à accepter… A lire dans un moment de grande forme psychologique !

DIEU EN PERSONNE – Marc-Antoine Mathieu (Delcourt)

Une BD métaphysique maintenant. La plus déconcertante de celles que j’ai lues, et la plus intéressante. Comme je lis rarement des BD, je suis plus souvent surprise par les possibles que cet art crée, sur le plan de l’illustration et de la narration. Ici, on a à faire à une BD en noir et blanc, en deux actes et un épilogue. Une sorte de tragédie moderne, qui superpose les tableaux et joue sur la chronologie afin de faire réfléchir. L’histoire se passe dans notre monde actuel. Lors d’un grand recensement, on découvre qu’un individu sans identité, sans matricule, sans domicile… a fait son apparition sur terre. Il se nomme Dieu. A partir de là, tout se détraque. L’homme produit des miracles pour la science et devient une star médiatique, un objet commercial et de vénération. La télé, les journaux, l’édition, les artistes, les architectes… s’emparent du phénomène, jusqu’au jour où trop de plaintes sont déposées contre Dieu. Les gens l’accusent d’avoir troublé leur quotidien, de les avoir fait naître alors qu’ils n’avaient rien demandé, etc. Un procès a donc lieu, qui fait étrangement penser, par certains aspects, au procès de Jésus avec Ponce-Pilate. Sauf qu’ici, les séances sont relayées dans le monde entier, suivis par les journalistes de très près, et par de nombreux juges. Au milieu du trop-plein d’agitation, Dieu – dont le visage n’est jamais montré tout au long de la BD, contrairement aux visages des hommes, souvent caricaturaux – Dieu disparaît. Pour réapparaître in fine dans une vidéo diffusée lors d’un JT, où il avoue n’être pas Dieu mais un pur produit des médias. Son omniscience n’avait rien de surnaturel, mais était le résultat d’oreillettes reliées au plus puissant moteur de recherche… La conclusion de l’histoire est ambivalente : que vous croyiez en Dieu ou pas, vous pouvez dormir tranquille sur vos deux oreilles, puisque Dieu, soit n’existe pas, soit n’est pas encore revenu sur terre. A lire si vous avez envie de réfléchir profondément au sens de la vie et à d’autres questions existentielles.

ADIEU, MAMAN – Paul Hornschemeir (Actes Sud BD)

Si vous voulez pleurer, cette BD est pour vous. Elle relate l’histoire d’un petit garçon de 7 ans, Thomas, dont la mère vient de mourir. Son père, auparavant universitaire reconnu, ne s’en remet pas et finit par lâcher prise et être interné. Thomas, avec son masque de lion sur la figure, voit tout cela avec son oeil d’enfant, sa naïveté, son innocence, ce qui rend la situation d’autant plus poignante. Recueilli par son oncle et sa tante, il se sent si seul qu’il échafaude des plans d’évasion pour lui et son père. La fin – que je ne vous révèle pas – délivre un message un peu ambigu. Les dessins, à moitié enfantins, à moitié sombres, rendent compte de ce funambulisme entre le monde des adultes et celui des enfants, entre la joie de vivre et le deuil, entre l’innocence et la culpabilité.

PRESQUE – Manu Larcenet (Les rêveurs)

 

« Et puis maintenant, il va me falloir reprendre le masque de la patience quand on me dira, sur le ton du partage de la souffrance : « ça a dû être dur l’armée. » Alors que ça n’a pas été dur… ça a été un bout d’enfer. » Cette BD en noir et blanc, dans un format à l’italienne, est une BD autobiographique et intime sur le service militaire que l’auteur a accompli en 1991. Une expérience plus que douloureuse, qu’il a mis 7 ans à relater, n’ayant pas trouvé immédiatement le support adéquat pour l’exprimer justement. « Presque » donne à voir l’innommable et la douleur, la déshumanisation, le doute existentiel, la peur profonde, la violence, l’hébétude, l’impuissance, la perte de la volonté et du désir. Tout une introspection en quelques pages, non sans des touches d’humour (notamment quand il s’imagine retourner auprès de sa mère pour lui dire à quel point c’est dur, et que celle-ci ne cesse de répéter avec un large sourire qu’elle « a fait du poulet » pour lui !) Non sans une certaine dureté également, dans la douleur des visages et leur absence d’expression, au milieu de cette fausse guerre qui devient une véritable lutte pour la survie.

En espérant que vous trouverez une idée de BD dans ce petit éventail, je vous souhaite de bonnes lectures !

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