Gatsby le magnifique – [F.S. Fitzgerald]

GatsbySi vous ne devez lire qu’un seul classique de la littérature américaine du début du XXe siècle, il se peut que Gatsby le magnifique soit celui-là. Plus qu’un classique, ce roman-chef-d’oeuvre de Fitzgerald se lit comme un tableau des années folles à New-York, époque du jazz et de la prospérité, de l’insouciance d’entre-deux guerres, mais aussi de la Prohibition et d’un malaise social sous-jacent. C’est tout un univers à la fois doré et sombre que ce roman évoque.

L’incipit donne d’emblée une idée de la tonalité du roman :

Quand j’étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit :
– Quand tu auras envie de critiquer quelqu’un, songe que tout le monde n’a pas joui des mêmes avantages que toi.

Il est donc question de privilèges sociaux, d’élites, et d’argent.

Le résumé tient en quelques lignes. Au début des années 1920, Nick, le narrateur, s’installe à West Egg, dans la banlieue de New-York. Il y retrouve sa cousine, Daisy, et son mari Tom, un nouveau riche hautain et peu sympathique. Toute l’histoire est perçue du point de vue de Nick. Presque malgré lui, il est amené à faire la connaissance de son voisin, Jay Gatsby, homme mystérieux, légendaire, et qui suscite les rumeurs les plus folles à son propos. Il aurait été un criminel dans son passé, serait un bootlegger… On n’en sait pas plus, et pour beaucoup, il est surtout un homme très riche, qui aime à faire profiter ses voisins de sa prodigalité en organisant régulièrement des grandes fêtes, où la musique bat son plein et l’alcool coule à flot (malgré la Prohibition). Les invités se pressent, dont la plupart ne connaissent pas Gatsby personnellement. On apprend rapidement que Gatbsy a été amoureux de Daisy quelques années auparavant, mais que, désargenté, il n’a osé la demander en mariage, par crainte de ne pas la mériter. Pendant cinq ans, il n’a cessé de l’aimer et de penser à elle. Grâce à Nick, il parvient à la revoir. Des histoires d’amants/es, d’alcool, de jalousies se superposent et finissent par créer une tension, qui se « résout » en éclatant dans une sorte de point culminant (la mort, l’oubli).

Finalement, l’histoire importe peu. L’intérêt de cette oeuvre se situe au niveau de l’atmosphère romanesque produite : une atmosphère étouffante (comme l’été durant lequel se déroule l’action), pesante, tendue. Les personnages, dont Gatsby est le représentant principal, semblent errer dans un nuage de fumées de cigares et de vapeurs d’alcool, leurs vies stagnent, n’ont plus de sens. Gatsby, par son passé mystérieux, intrigue, mais ne se lie pas d’amitiés. Même lui, qui semble peut-être moins superficiel qu’il n’en a l’air, vit dans le regret d’une histoire révolue et dans l’espoir utopique d’une résurrection du passé. La constance de son amour pour Daisy peut le faire passer pour un être fidèle et donc d’autant plus avenant, mais finalement, le lecteur se rend compte de l’illusion et de l’égoïsme qui entourent sa personne.

La modernité du récit et de l’intrigue peut surprendre. Pourtant, c’est peut-être parce que l’époque comporte plus de points communs avec la nôtre qu’on ne peut l’imaginer. Une société en perte de repères, une élite qui jette de l’argent par les fenêtres à la veille d’une crise économique majeure dont les symptômes se font déjà sentir et qui se noie dans l’alcool et la débauche pour éviter d’y penser. Enfin, des êtres rattrapés par leurs démons intérieurs et leur malaise existentiel.

Quelle époque pouvait être plus parlante que les Années folles pour notre XXIe siècle en crise ? On comprendra que Baz Luhrmann en ait fait une adaptation au cinéma (sur les écrans le 15 mai 2013).

Un livre à découvrir en musique avec la playlist d’Arsène !

Carte d’identité

  • Titre : Gatsby le magnifique
  • Auteur : Francis Scott Fitzgerald
  • Titre original : The Great Gatsby
  • Traduction : Jean-François Merle
  • Genre : roman
  • Date de publication : 1925
  • Édition  : Pocket
  • Nombre de pages : 222

Un extrait !

« Le salon était bondé. Une des files en jaune était au piano et à côté d’elle chantait une grande femme à la chevelure flamboyante, membre d’une troupe réputée. Elle était bien imbibée de champagne et s’était stupidement mis en tête que la vie était très très triste – elle chantait, et elle pleurait en même temps. Chaque pause dans la chanson était comblée par des hoquets et des sanglots heurtés, puis elle reprenait le fil d’une voix de soprano mal assurée. Les larmes coulaient le long de ses joues – pas directement néanmoins, car quand elles entraient en contact avec les cils lourds de mascara, elles se teintaient de noir et poursuivaient le reste du chemin en lents ruisselets. Un plaisantin lui suggéra de chanter les notes peintes sur son visage, sur quoi elle leva les bras en l’air, s’effondra dans un fauteuil et sombra dans un sommeil alcoolisé.

– Elle s’est disputée avec un homme qui se prétend son mari, commenta une jeune femme à côté de moi.

Je regardai autour de moi. La plupart des femmes encore présentes se disputaient avec de prétendus maris. Le groupe de Jordan, celui d’East Egg, n’échappait pas aux querelles. Un des hommes était plongé dans une discussion singulièrement ardente avec une jeune actrice, et sa femme, après avoir feint de rire de la situation en affectant une dignité dédaigneuse, perdit toute retenue et lança des raids sur les flancs de l’adversaire : elle surgissait de temps à autre à son côté comme une furie et sifflait à son oreille « Tu m’avais promis ! ».

Le manque d’empressement à rentrer chez soi n’était pas le privilège des seuls messieurs récalcitrants. Le hall d’entrée était à présent occupé par deux hommes honteusement sobres et de leurs épouses au comble de l’indignation. Celles-ci exprimaient leur solidarité d’une voix un peu trop perçante.

– À chaque fois que je suis en train de m’amuser, il veut rentrer.

– De ma vie je n’ai vu un égoïsme pareil.

– Nous sommes toujours les premiers à partir.

– Nous aussi. 

– Ma foi, ce soir, nous sommes presque les derniers, dit un des deux hommes d’un air penaud. Ça fait une heure que l’orchestre a levé le camp.

En dépit de l’unanimité devant cette cruauté qui dépassait l’entendement, la dispute se termina par un court pugilat et les deux épouses furent entraînées dans la nuit manu  militari malgré leurs ruades. »

(page 67-69)

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5 réflexions sur “Gatsby le magnifique – [F.S. Fitzgerald]

  1. le cinéma est riche d’adaptations d’œuvres littéraires ces dernières semaines : Le premier homme, l’écume des jours et celui-ci
    une belle « trilogie » de la littérature du 20e siècle

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