L’Écume des jours // Michel Gondry

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L’adaptation tant attendue de L’Écume des jours de Boris Vian par Michel Gondry donne lieu à des critiques très mitigées : entre les adorateurs de Vian qui accusent le réalisateur de profaner une oeuvre sacrée et les adeptes de l’univers très particulier de Gondry qui reconnaissent sa marque de fabrique dans ce nouveau film, je me situe dans un entre-deux. Peu convaincue par l’ensemble du film, je ne dirais pas pour autant qu’il y a sacrilège. Car L’Écume des jours fait sans doute partie de ces romans inadaptables, dont l’univers est si particulier qu’il ne peut vivre que dans l’esprit de ses lecteurs.

Résumé

L’histoire reste bien sûr la même que celle du roman de Boris Vian : Colin, jeune rentier tourmenté par son célibat, est invité par Isis à une soirée, où il rencontre Chloé, dont il tombe immédiatement amoureux. C’est réciproque. Ils décident de se marier. Leur idylle est rapidement assombrie par la maladie : Chloé prend froid lors du voyage de noces. Le médecin diagnostique la présence d’un nénuphar dans le poumon droit. Colin se sent impuissant face à la souffrance de Chloé, et prend sur lui pour chercher du travail afin de subvenir à ses besoins. Après plusieurs emplois infructueux, il finit par trouver un travail d’annonceur de mauvaises nouvelles : il est chargé de prévenir les gens qu’une catastrophe va subvenir bientôt. C’est là qu’il prend conscience de la mort imminente de sa femme. Lorsqu’elle meurt, Colin est ruiné, et ne peut se permettre qu’un « enterrement de pauvre ». En parallèle de cette histoire principale, d’autres personnages évoluent. Chick, l’ami de Colin, veut épouser Alise, mais n’ose pas car il manque d’argent ; leur couple s’effrite car Chick n’a qu’une obsession : Jean-Sol Partre, auteur très reconnu, dont il se ruine à acheter tous les livres et à assister à toutes ses conférences. Chick est finalement abattu par des policiers, chez lui.

Impressions

Le film est construit, comme le roman, en deux parties, séparées par l’arrivée de la maladie de Chloé. Le bonheur, la joie de vivre, l’amour remplissent la première partie ; la deuxième partie amorce la désunion, la tristesse, l’extinction de l’espoir. Cette tension progressive dans le couple est donné à voir par un decrescendo dans les couleurs : d’un artifice de couleurs vives, on passe à un filtre terne (la maison de Colin et Chloé rétrécit et la poussière envahit les fenêtres), jusqu’à s’achever sur un noir et blanc tragique.

Excepté Romain Duris, le jeu des acteurs, bien qu’il n’ait rien de fondamentalement mauvais, manque cependant de substance, et échoue à montrer la profondeur de ce qui se joue. L’interprète de Colin s’en sort bien et campe un personnage perdu, aux prises avec des problèmes qui le dépassent et dont il tente pourtant de se défaire. Son amour et son éloignement progressif de Chloé sont tour à tour rendus visibles par la forte expressivité du personnage. Les autres personnages sont transformés en sortes de pantins (dés)articulés, dont rien ne se dégage.

Les scènes du début mènent quasiment à l’écoeurement (tous les gadgets de Vian y sont, du pianocktail au petit nuage volant). S’ils sont plaisants à l’oeil et pour l’imagination, les objets envahissent l’espace et relèguent les personnages au second plan, dans une sorte d’inversion des rôles. Pourtant, l’ensemble est bien terne, s’arrête au seul champ de l’image et semble instrumentaliser l’oeuvre de Vian pour en faire une sorte de long clip (qu’on pense aux scènes de danse – le biglemoi – ou de patinage), où le visuel et le sonore occultent tout le reste.

Une déception que ce film, dont j’étais curieuse de voir comment Gondry allait s’en sortit avec une oeuvre littéraire si riche. La bande-annonce était pourtant prometteuse…

Carte d’identité

  • Titre : L’Écume des jours
  • Réalisateur : Michel Gondry
  • Date de sortie : 24 avril 2013
  • Genre : Comédie dramatique / Fantastique
  • Casting : Romain Duris (Colin), Audrey Tautou (Chloé), Gad Elmaleh (Chick), Omar Sy (Nicolas), Aïssa Maïga (Alise), Charlotte Le Bon (Isis), Philippe Torreton (Jean-Sol Partre)
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10 réflexions sur “L’Écume des jours // Michel Gondry

  1. Sympa cet avis ! C’est vrai qu’au niveau des opinions il y a de tout ! Je ne connais pas l’œuvre de Boris Vian mais avec tout le matraquage médiatique clair curiosité ne fait que grandir. C’est peut être le plus grand intérêt du film, refaire découvrir cet auteur français (parce que moi je ne le connaissais que de nom, très vaguement !). Au niveau du jeu des acteur c’est dommage parce que le casting à du coûter cher ! Et c’est pas des débutants ! Enfin bref, article très intéressant =)

    • Merci ! Je suis d’accord avec toi pour dire que le plus grand avantage de ce film, c’est de faire redécouvrir Boris Vian ! Et pour le casting, en soi, il est très « bankable » mais cela ne nuit pas forcément au film…

    • Tu peux quand même y aller si tu veux te faire une idée, et il y a aussi de bonnes critiques ! Pour ma part, je n’avais pas vraiment d’a priori sur le film, j’étais juste curieuse (tout en sachant que ça pouvait être décevant…)

  2. Olala, que de bons articles sur ce blog ! Je ne sais pas où laisser un commentaire du coup, j’opte pour la facilité en choisissant le dernier posté ! Déjà merci d’être venue faire un tour sur mon blog ce qui m’a permis de découvrir le votre que je vais vite aller explorer plus profondément…
    Pour ce qui est du film, ayant adoré le livre et la bande annonce étant alléchante, j’y suis allée plutôt positive, et j’ai trouvé le film beaucoup plus « extrême » que le livre, et que du coup le contraste entre le début si joyeux et la fin si violente en était d’autant plus fort. Et il y a un quelque chose qui m’a gêné, qui m’a manqué pour que j’apprécie vraiment, mais j’ai quand même passé un bon moment et je trouve qu’au final Gondry ne s’en est pas trop mal tiré pour un livre si particulier !

    • Merci pour ton message !!
      J’ai également adoré le livre, et la bande-annonce était effectivement prometteuse. Comme toi, j’ai trouvé le film plus « violent » que le livre, où le désespoir est contrebalancé par l’humour, ce qu’il n’y a pas dans le film… C’est sans doute cette partie qui m’a manquée…

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