La Musique d’une vie – [Andreï Makine]

La musique d'une vieLittérairement parlant, La Musique d’une vie est un véritable poème, et une ode à la liberté. C’est un roman sur la musique et la vie, comme le titre l’annonce si bien. Entre les deux, la guerre, qui prend le temps d’éteindre un destin, une passion, une jeunesse et une flamme. Ce roman, court et simple, dit pourtant beaucoup. Ce n’est pas un énième livre sur les horreurs de la guerre, c’est un livre sur la force intérieure qui permet de ne pas mourir de ces horreurs.

La Musique d’une vie raconte la vie imaginée d’un jeune pianiste, Alexeï Berg, sous la Seconde Guerre mondiale, dans les campagnes russes, glaciales et figées, comme mortes depuis des millénaires.

Tout commence sur un quai de gare, en Sibérie. Le froid, la nuit, la fatigue, Makine plante un décor brumeux, dans lequel le lecteur se laisse balloter. Le train a six heures de retard, car c’est bien connu, en Sibérie, les trains ne sont jamais à l’heure. Le narrateur observe les voyageurs, qui somnolent comme un seul homme : l’homo sovieticus, cet homme russe, résigné, endormi, qui ne semble attendre que la mort. Il entend alors les notes lointaines d’un piano, perdues dans la nuit. Ces notes sont jouées par un vieil homme aux mains usées (Alexeï), et s’achèvent dans ses larmes silencieuses.

Le temps de l’attente, Alexeï va raconter son histoire, retranscrite par le narrateur. C’est l’histoire d’une longue fuite, pendant la guerre : alors qu’il a à peine 20 ans, la famille du jeune pianiste est déportée et celui-ci contraint de renoncer à des promesses de bonheur et de succès en tant que concertiste, afin de se cacher. Il empruntera l’identité d’un mort et, dès lors, ne vivra plus que comme un fantôme, cherchant seulement à être le plus discret possible dans le bataillon qu’il rejoint par hasard. Le roman raconte aussi sa lente réappropriation de la vie, la redécouverte de l’amour. Le piano aura le dernier mot.

Pour les amateurs de poésie, de musique et de romans inoubliables, au charme suranné !

4e de couverture

La musique d’une vie. Le premier concert du jeune pianiste Alexeï Berg est annoncé pour le 24 mai 1941. Fin du long purgatoire que sa famille a vécu durant les années de terreur. Promesse d’oubli, de célébrité future, de nouvelles rencontres parmi la jeunesse dorée de la capitale… Or ce concert n’aura pas lieu. La vie d’Alexeï se jouera sur une partition différente, marquée par l’amour sans nom, par la familiarité avec la mort, par la découverte de la dignité des vaincus. Car ce « roman-destin » est d’abord un éloge de l’indomptable force de l’esprit, de la résistance intérieure. Et c’est aussi une histoire pleine d’un charme profond, qu’on lira et qu’on relira, un vrai joyau.

Carte d’identité

  • Titre : La Musique d’une vie
  • Auteur : Andreï Makine
  • Genre : roman
  • Date de publication : 2001
  • Édition : Seuil
  • Nombre de pages : 128

Un extrait

« Durant les deux premières années au front, Alexeï reçut quatre ou cinq lettres adressées à celui dont il portait le nom. Il ne répondit pas et pensa que son mensonge donnait certainement à plusieurs personnes la force d’espérer, l’énergie de survivre. 

Il avait d’ailleurs depuis longtemps appris qu’à la guerre la vérité et le mensonge, la générosité ou la dureté, l’intelligence ou la naïveté n’avaient pas la même clarté que dans la vie d’avant. Souvent lui revenait le souvenir des cadavres sur la berge d’une rivière. Mais l’horreur de ces minutes révélait à présent sa face cachée : si le jeune Moscovite qu’il avait été alors n’avait pas séjourné au milieu de ces morts, il aurait sans doute été brisé, dès les premiers combats, par la vue des corps éventrés. La botte qu’il avait arrachée au cadavre lui avait été comme une cruelle mais inévitable vaccination. Parfois, dans un jugement inavoué, il reconnaissait même que, à côté de ce mort déchaussé, toutes les tueries dont il était témoin lui paraissaient moins dures à vivre. »

(page 72)

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10 réflexions sur “La Musique d’une vie – [Andreï Makine]

  1. Comment ne pas penser au livre (et au film) « Le pianiste » et donc à l’histoire de Władysław Szpilman ?
    D’ailleurs, puisque tu illustres ton billet avec un nocturne de Chopin, je pense que je ne suis pas le seul à avoir fait ce parallèle… ;-)

  2. C’est vrai qu’on pense vite au film Le Pianiste en lisant le synopsis ! Ca a l’air d’être un très beau roman. J’adore le morceau de Chopin que tu as choisi, en général j’adore presque tous les morceaux de Chopin =D Mon pianiste préféré !!

  3. Pingback: Tous les matins du monde – [Pascal Quignard] | [ Les Écrits Vains ]

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