Portraits de femmes – [Philippe Sollers]

SollersCe ne sont pas des tableaux mais des esquisses que ces Portraits de femmes. Voire plutôt de brèves allusions, des anecdotes. C’est surtout un autoportrait de Sollers lui-même (on pouvait s’y attendre), à travers les femmes qui ont marqué sa vie, qui l’ont accompagné, qu’il a aimées, perdues… C’est là la limite de ce récit : Sollers se pose en connaisseur des femmes, mais tombe parfois – souvent ? – dans la caricature. Ajoutez à cela une posture d’écrivain qui peut vite devenir agaçante (le grand auteur reconnu qui nous offre lui-même un regard rétrospectif sur son oeuvre, et ne parle, finalement, que de lui), et vous avez un aperçu de ce dernier « récit » (autoportrait ?) de Philippe Sollers.

Des femmes, il y en a beaucoup : la mère de l’auteur, ses tantes, Dominique et Julia (Kristeva) – les deux grands amours de sa vie -, les maîtresses des rois, les grandes interprètes musicales contemporaines (Martha Argerich, Cécilia Bartoli…), et, pour finir, Cléopâtre, comme une apothéose à cette galerie intime et historique (on dirait une leçon d’histoire – et voilà que revient, encore, le NEZ de Cléopâtre !). Elles sont toutes différentes, et pourtant, sous la plume de Sollers, elles sont toutes identiques. On a le droit à une sorte de blason universel, où la beauté de la femme est explorée à travers le prisme de l’expérience singulière.

Toute femme est une Cléopâtre en puissance. Il suffit de la réveiller.

On s’ennuie un peu. On ne sait pas ce que cherche Sollers. C’est une ode froide et sans originalité à la merveille qu’est la femme. L’auteur tombe dans le cliché, presque malgré lui. Pourtant, on est par moments attendris par l’intimité amoureuse qui nous est dévoilée ; par moments, on se sent au contraire presque voyeurs. Le livre aurait dû s’intituler Portrait de Philippe Sollers par les femmes, car on apprend autant sur lui que sur elles. Ça sent un peu le tableau de chasses par endroits. L’étonnement de Sollers quand il découvre que pas un de ses amis qui ont lu ses livres ne se souvient des héroïnes…

Le récit présente cependant un (maigre) intérêt : celui de nous rappeler certaines femmes historiques et leur importance (ou pas : Mme Thiers, Mme Coty…) dans la vie des hommes qu’elles ont accompagné. Mais on en revient toujours à la même chose : la femme comme bras droit de l’homme dans la grande aventure de la vie.

Une lecture ni déplaisante ni difficile, certes, mais dont on peut fort bien se passer. Lisez plutôt Baudelaire, écoutez plutôt les opéras de Mozart, dont parle – un bon point – Sollers.

4e de couverture

« Vous êtes le peintre et le musicien de ces femmes, elles deviennent des personnages centraux de vos romans, elles peuvent prendre d’autres formes, d’autres figures, elles sont parfois rejointes par celles dont on ne peut pas dire le nom. Ce moment où l’une ou l’autre sort des vagues est unique, ce foulard est unique, ce fou rire aussi. La poudre du temps leur appartient. »

Carte d’identité

  • Titre : Portraits de femmes
  • Auteur : Philippe Sollers
  • Genre : récit
  • Date de publication : 2013
  • Édition : Flammarion
  • Nombre de pages : 155

Un extrait

« Ce que je veux dire est très simple : une femme est faite, ou non, pour vous confronter à la vérité physique, à son abîme, à son sillage, à ses éclosions. Le corps libre et antisocial d’Eugenia acceptait le mien. C’est rare. L’une veut vous sortir, vous faire voyager, une autre veut vous épouser, une troisième espère un enfant, une quatrième veut vous utiliser dans le marché d’animation culturelle, et je ne parle pas de toutes celles qui veulent absolument écrire, trois romans, dix recueils de poèmes, idéalisations, préciosités, romanisations. Celle-là, au contraire, a envie de moins s’ennuyer, aime la poésie vécue, les caresses, le repos, le sommeil, les fleurs, l’océan, les arbres. Les autres s’agitent, elle nage. En tant qu' »homme », vous avez gagné, si, en plus de l’autorité souple qu’elle vous reconnaît, vous la faîtes rire, et si vous devenez son frère, son partenaire de jeu, et, subrepticement, son enfant. Faîtes-vous aimer comme un enfant, espèce d’homme. De là, viennent, parfois, des liens indéfectibles. »

(page 35)

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