Gatsby le magnifique // Baz Luhrmann

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Pour apprécier l’adaptation du célèbre roman de Fitzgerald par Baz Luhrman, il faut, sans surprise, aimer le spectacle. Le grand spectacle. Après Romeo+Juliette (1996), Luhrmann se tourne de nouveau vers l’adaptation littéraire. En grande pompe et surenchère d’effets visuels, comme à son habitude. C’est cependant une adaptation fidèle et une réactualisation du propos de Fitzgerald sur les Années folles, qui mérite d’être regardé, ne serait-ce que pour en saisir toute la modernité.

(Pour un rappel sur le roman de Fitzgerald, vous pouvez consulter la chronique du 27 avril)

Sur le plan de l’intrigue, Luhrmann n’a pris aucune liberté, on lui en sait gré. Seul l’enterrement de Gatsby à la fin n’est pas montré. Mais la solitude dans laquelle il meurt est suggérée par la foule des journalistes, suivie par l’indifférence de Tom et Daisy et leur fuite, ce qui est déjà assez efficace. L’été 1922 nous est raconté par Nick Carraway (Tobey Maguire, parfait dans le rôle de témoin de la vie des autres), qui, rétrospectivement, écrit l’histoire de Gatsby.

Gatsby

Un mot sur l’interprète de Gatsby : Leonardo Di Caprio. Il est excellent, comme (presque) toujours. Il parvient à exprimer toute l’ambiguité du personnage, sans en faire des tonnes. Il nous est décrit par Nick comme « l’homme le plus animé par l’espoir ». Espoir symbolisé, comme chez Fitzgerald, par la lueur verte au bout de la jetée devant chez Gatsby. Toute le paradoxe est là : tout en affirmant pouvoir « faire revivre le passé », Gatsby est en même temps fondamentalement mu par l’espérance d’un avenir idéalisé. Di Caprio exprime tout cela par son sourire et son regard, tristes et rêveurs à la fois. Il demeure un personnage énigmatique, dont le passé ne nous est révélé que par touches (des flash-backs sépias qui accentuent toute la nostalgie contenue chez Gatsby), et dont on ne sait jamais la vérité. Toute la vérité de cet homme réside probablement dans son amour indéfectible pour Daisy. Amour impossible : c’est là toute la dimension tragique du film, que Luhrmann fait exploser lors de la fameuse scène dans l’hôtel à New-York, dans une chaleur et une tension dramatique palpables.

L’esthétique que prise Luhrmann se prête particulièrement à la débauche des soirées données par Gatsby chez lui : le champagne coule à flot, les cotillons envahissent l’air, les paillettes font étinceler les scènes dansées, le luxe des tenues et la musique de Jay-Z rythment l’ensemble. Pour le plaisir des yeux et des oreilles. Mais Luhrmann ne nous fait pas oublier la désillusion qui affleure dans chacun des gestes et chacune des paroles des personnages. Au milieu de la foule des anonymes qui se pressent pour profiter de la splendeur des soirées, la solitude est on ne peut plus visible. L’époque des Années folles ressemble par bien des aspects à la nôtre, ce que le réalisateur a compris, et veut nous faire comprendre.

Il ne faut pas passer à côté des autres acteurs, tous très bons : Carey Mulligan en jeune femme amoureuse et terrifiée, Joel Edgerton en mari trompeur, jaloux et répugnant, Isla Fisher en victime de ses espérances…

Luxe, excès, et frénésie des situations viennent à peine recouvrir les craintes et démons qui tourmentent les personnages de cette société qui ne sait pas où elle va, et encore moins d’où elle vient. Gatsby fait presque figure d’exception, avec ses idéaux inébranlables, mais dont il sera (lui aussi), une victime sacrifiée.

À voir de toute urgence !

Et pour ceux qui n’ont pas (encore) lu le roman, retrouvez la playlist d’Arsène pour accompagner votre lecture !

Carte d’identité

  • Titre : Gatsby le magnifique
  • Réalisateur : Baz Luhrmann
  • Date de sortie : 1er mai 2013
  • Genre : Drame / Romance
  • Casting : Leonardo Di Caprio (Gatsby) ; Tobey Maguire (Nick) ; Carey Mulligan (Daisy) ; Joel Edgerton (Tom) ; Elizabeth Debicki (Jordan Baker) ; Isla Fisher (Myrtle Wilson) ; Jason Clarke (George Wilson)…
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6 réflexions sur “Gatsby le magnifique // Baz Luhrmann

  1. Beaucoup d’amis qui l’ont vu ont été surpris et déçus, ils en attendaient peut-être trop, alors que j’ai beaucoup aimé, ravie de voir que je ne suis pas la seule ! J’ai trouvé quelques longueurs parfois mais c’est aussi peut-être parce que j’étudie le livre depuis plusieurs mois en long, large et travers…

  2. j’ai eu le même ressenti d’un film à voir absolument, superbement interprété et j’avais peur d’une surproduction emphatique et ce n’est pas cela du tout, et j’ai visionné les 30. premières minutes du film avec Redford et on est dans le même registre
    il ne me reste plus qu’à lire le livre (lu en partie en anglais mais abandonné à l’époque)

    • Avec Baz Luhrmann, on pouvait s’attendre à de l’emphase ; mais ça ne gâche en rien le propos de Fitzgerald, je trouve même que ça lui rend toute sa modernité.
      Dans mon souvenir, le film avec Redford est plus lisse… Mais il faut que je le revoie !

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