Tous les matins du monde – [Pascal Quignard]

Tous les matins du mondeAprès La Musique d’une vie, encore un roman sur la musiqueTous les matins du monde est une variation narrative à partir du personnage de Jean de Sainte-Colombe (v.1640 – v.1700), compositeur et violiste ayant rééllement existé mais dont on sait très peu de choses, si ce n’est qu’il aurait été à l’origine de l’ajout d’une 7e corde à la viole de gambe telle qu’on la pratique aujourd’hui. Pascal Quignard raconte la vie de cet homme après la mort de sa femme, seul avec ses deux filles, renfermé et taciturne, refusant toutes les avances du Roi et vivant dans la solitude et l’austérité. C’est un roman très court, qui se lit en deux après-midis et dans lequel Quignard parvient tout de même à recréer une atmosphère propre au XVIIe siècle, non sans quelques incursions de fantastique.

À la mort de sa femme, Monsieur de Sainte-Colombe semble dépérir. Ses deux filles, Toinette et Madeleine, parviennent à peine à le tirer de sa solitude. Vivant à la campagne, il s’enferme des heures durant dans une cabane au milieu des arbres, pour jouer de la viole de gambe, dont il est considéré comme l’un des grands maîtres de l’époque. Des messagers du Roi viennent le solliciter pour rejoindre la Cour, mais celui-ci refuse. Un jour, le jeune Marin Marais vient le trouver pour obtenir de lui qu’il devienne son professeur, ce qu’il acceptera à contrecoeur, après avoir entendu les talents du jeune musicien. Marin suivra les leçons du maître, tombera amoureux de Madeleine, puis de Toinette. Je ne raconte pas la fin, qui ajoute au pathos de l’ensemble.

L’histoire n’est finalement qu’un prétexte pour ce court récit emprunt d’une forte mélancolie. Avec Monsieur de Saint Colombe, on souffre d’une absence, d’une absente, qui revient cependant sous la forme d’un fantôme un peu trop réel. Leurs conversations à demi mots sont pleines de tristesse. Le style, froid et sobre, contribue à recréer l’atmosphère glaciale de la campagne où vit reclus le compositeur, qui fait écho à son état d’esprit.

Je n’ai pas vraiment compris l’intérêt de ce livre, si ce n’est de rappeler à la mémoire du lecteur l’existence de Marin Marais (et de Monsieur de Sainte Colombe, aujourd’hui moins connu), et de donner envie de redécouvrir son oeuvre musicale. À lire si vous n’avez rien de mieux sous la main.

À voir prochainement, éventuellement : le film inspiré du roman, par Alain Corneau (même titre).

Carte d’identité

  • Titre : Tous les matins du monde
  • Auteur : Pascal Quignard
  • Genre : roman
  • Date de publication : 1991
  • Édition : Gallimard
  • Nombre de pages : 135

Un extrait 

« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l’ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse. Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu’à la barque. L’ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu’il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :

– Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »

(4e de couverture)

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7 réflexions sur “Tous les matins du monde – [Pascal Quignard]

  1. Bonjour, mon avis diffère du tien. J’ai beaucoup aimé, mais peut-être parce que j’avais les images du film et la superbe musique racontée par Savall. De Quignard, j’ai « Villa Amalia » qu’il faut que je lise.

    • Le film me tente bien, en effet (de ce que j’en ai vu, les scènes ont l’air riches et intenses – la musique aidant). De Quignard, je n’avais lu qu’un essai (« Le Sexe et l’Effroi »), que j’avais trouvé intéressant mais un peu cryptique…

  2. Après avoir passé quelques douces semaines de terminale sur ce livre et sur le film (merci à notre chère éducation nationale…), j’en suis pratiquement venu à détester Quignard. À ne pas lire, ni regarder en cas d’extrême déprime, en tout cas. Le film est l’aboutissement du livre, à mon sens. Et si je ne me trompe pas, le livre est en réalité le scénario du film de Corneau : seulement Quignard l’a écrit sous forme romanesque (il me semble bien que c’est ce que l’on nous a dit en cours…) !

    • C’est tout à fait possible que le livre soit le scénario du film… Je trouve ça cruel de le donner à lire à des élèves : intérêt littéraire relativement limité, et intérêt narratif également. Je compatis (et ne suis plus si sûre de vouloir voir le film !)

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