Clèves – [Marie Darrieussecq]

ClèvesDepuis son premier roman en 1996 (Truismes), Marie Darrieussecq a publié une dizaine de romans, dont Clèves est le dernier. Dans Truismes, elle racontait une métamorphose : une femme devenant une truie. Dans Clèves, elle raconte comment une jeune nymphette devient femme. Sur un ton cru et trivial, la transformation est tout aussi monstrueuse (au sens de « montrer »). Difficile de ne pas être écoeuré après cette lecture : était-ce le but de ce roman, prétexte à l’exhibition de fantasmes adolescents et au récit de leur réalisation ?

Marie Darrieussecq fait l’inventaire des premières fois de Solange, dans un ordre chronologique qui peut laisser perplexe. Elle détaille par le menu les découvertes sexuelles de la (très) jeune adolescente (précoce), ses déboires sentimentaux, son passage à « l’âge adulte ». Le sujet ne manque pas d’intérêt, est peu traité en littérature, mais l’ensemble est quasiment risible. On ne sait pas trop quoi penser de cet amas de vulgarité, qui semble prendre un plaisir malsain à marteler le texte de bites, chattes, enculés, gouines… C’est lourd, sans intérêt et gratuit. Encore un roman qui raconte le corps dans ce qu’il a de plus trivial et mécanique.

Clèves n’a rien à voir avec le roman de Madame de Lafayette. C’est le nom du morne patelin où habite (moisit) Solange, sa mère et son père (quasi absent, ce qui à un moment sert de justification au comportement de Solange). Le nom n’est cependant pas anodin : une manière de mettre à distance la vertu de l’héroïne classique sous une vague d’expériences sexuelles ? Mystère. Sur fond d’années 80, de boums, de kermesses, Solange et ses copines se racontent leur sexualité d’enfants perturbées. Et  c’est perturbant.

Outre l’aspect clairement pornographique, le tout est recouvert d’un sentimentalisme étrange, même si « normal » chez une enfant. Solange (« Angie ») ne rêve que d’une chose : quitter Clèves pour un horizon meilleur, avec un « beau surfeur aux lèvres craquelées ». En attendant, elle vit une relation malsaine avec son voisin (qui a le double de son âge), chargé de la garder depuis son enfance.

Si j’ai terminé ce roman, c’est vraiment parce qu’il se lit rapidement, mais je n’ai pas été convaincue du tout. Même sensation de saturation qu’après la lecture de Truismes : je pense avoir saisi ce qui fait le style de Marie Darrieussecq, une écriture vive, crue,  et suggestive en même temps, mais n’irai pas en lire un autre.

[J’avais été intriguée par la chronique de Twenty Three Peonies, et je partage globalement son avis]

4e de couverture

Solange se demande s’il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là.

Carte d’identité

  • Titre : Clèves
  • Auteur : Marie Darrieussecq
  • Genre : roman
  • Date de publication : 2011
  • Édition (poche) : Folio
  • Nombre de pages : 337

Un extrait

«  »Tu n’as pas assez RÉFLÉCHI. Il y a des liens entre les choses, des liens…qu’on n’avait pas forcément vus. Ce qu’on appelle l’effet papillon. Un papillon bat des ails en Chine, il y a des conséquences jusqu’à Clèves. Dans ta vie c’est pareil. Des choses qui se sont passées il y a longtemps ou même des trucs qu’ont fait tes grands-parents et même des gens qui vivaient au Moyen Âge mais qui sont reliés à toi par des voies que tu n’imagines pas. Ton père c’est pareil. Il faut procéder à toute une libération mentale. Sinon tu sais ce qui va se passer ? Tu vas te jeter à la tête du premier venu. Tout ça, parce que tu es amoureuse de lui. C’est le tyran intérieur. »

Le tire-en quoi ?

« Le tyran intérieur. »

Elle a le fou rire, à en pleurer. Respirer à grandes goulées d’air tiède, à la fenêtre.

« C’est comme si ton père était à l’intérieur de toi et te téléguidait. Il t’oblige à faire des trucs mais tu ne te rends même pas compte. Ce qui est très, très classique, surtout pour les filles. Tu intègres tellement ton tyran intérieur que tu deviens toi-même ton propre tyran. » »

(p. 194-195)

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3 réflexions sur “Clèves – [Marie Darrieussecq]

    • L’écriture est de qualité, je ne le nie pas. Seulement, la trivialité de cette écriture – qui reste littéraire – ne sert aucun propos, c’est plutôt ça que je lui reproche dans « Clèves ». J’avais préféré « Truismes ».

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