Le Tour du monde en 80 jours – [Jules Verne]

tour du mondePour ne pas rester sur la déception théâtrale qu’a été Le Tour du monde en 80 jours, au théâtre du Splendid, il suffisait tout simplement de lire le roman de Jules Verne ! Quelle bonne surprise que cette aventure romanesque farfelue mais sensible, drôle et subtile en même temps. Jules Verne maîtrise décidément l’art du récit, pour le plaisir du lecteur. Suivre l’auteur dans cette épopée à travers le monde, c’est s’amuser avec les personnages d’un voyage hors du commun – et accessoirement, découvrir un classique de la littérature.

Est-il besoin de résumer l’histoire ? Qui ne connaît Phileas Fogg, gentleman anglais, pur produit british, d’un calme et d’une tempérance à toutes épreuves, qui décide sur un coup de tête de faire le tour du monde en 80 jours (soit 1924 heures, 115 200 minutes exactement), pour prouver à ses collègues du Reform-Club que cela est possible, car

un bon Anglais ne plaisante jamais, quand il s’agit d’une chose aussi sérieuse qu’un pari.

tour du monde 2Il embarque avec lui son valet fraîchement embauché, le non moins célèbre Passepartout. Ce qui rend ce voyage inhabituel et cocasse, c’est la rapidité avec laquelle il est effectué, qui ne laisse presque pas une minute aux protagonistes pour visiter les lieux où ils passent. C’est donc à Jules Verne de pallier ce manque, en nous décrivant somptueusement les paysages, les coutumes locales, les odeurs, les couleurs de chaque pays, chaque continent… Et nous permet de voyager malgré tout ! Sur leur chemin, ils rencontrent d’autres personnages bien romanesques, qui finissent par se joindre à eux, non sans causer des retards et désagréments. Mais tout ce beau monde s’en sort bien, rassurez-vous.

S’ajoutent bien sûr au périple de nombreux imprévus, de plus en plus durs à contourner, jusqu’au sprint final, qui sonne la fin du voyage et annonce l’issue du pari… Qu’on ne révélera pas mais que tout le monde devine.

tour du monde 3À aucun moment on ne s’ennuie, car tout s’enchaîne avec un rythme endiablé, ponctué de scènes fantasques et servi par l’humour fort subtil de M. Verne. Ce qui fonctionne surtout dans cet humour, c’est l’exploitation (inépuisable et très théâtrale) des relations maître-valet : l’un prend les décisions et l’autre les subit, mais parfois, le valet fait preuve d’autant, voire de plus d’ingéniosité.

C’est un classique qui vous ramène en enfance, du temps où vous lisiez sous votre couette avec une lampe de poche, sans pouvoir vous arrêter ! À lire si possible dans l’édition reproduisant celle d’Hetzel, avec les gravures d’époque de Neuville et Bennett.

Carte d’identité

  • Titre : Le Tour du monde en 80 jours
  • Auteur : Jules Verne
  • Genre : roman
  • Date de publication : 1873
  • Édition : Les Voyages Extraordinaires, éditions de Crémille (d’après l’édition originale de Hetzel)
  • Nombre de pages : 252

Un extrait

À huit heures du matin et à quinze milles en avant de la station de Rothal, le train s’arrêta au milieu d’une vaste clairière, bordée de quelques bungalows et de cabanes d’ouvriers. Le conducteur du train passa devant la ligne des wagons en disant: « Les voyageurs descendent ici. »

Phileas Fogg regarda Sir Francis Cromarty, qui parut ne rien comprendre à cette halte au milieu d’une forêt de tamarins et de khajours.

Passepartout, non moins surpris, s’élança sur la voie et revint presque aussitôt, s’écriant : « Monsieur, plus de chemin de fer ! »

« Que voulez-vous dire? demanda Sir Francis Cromarty.

« Je veux dire que le train ne continue pas ! »

Le brigadier général descendit aussitôt de wagon. Phileas Fogg le suivit, sans se presser. Tous deux s’adressèrent au conducteur: « Où sommes-nous? » demanda Sir Francis Cromarty.

« Au hameau de Kholby, » répondit le conducteur.

« Nous nous arrêtons ici? »

« Sans doute. Le chemin de fer n’est point achevé… »

« Comment! il n’est point achevé ? »

« Non ! il y a encore un tronçon d’une cinquantaine de milles à établir entre ce point et Allahabad, où la voie reprend. »

« Les journaux ont pourtant annoncé l’ouverture complète du railway ! »

« Que voulez-vous, mon officier, les journaux se sont trompés. »

« Et vous donnez des billets de Bombay à Calcutta! » reprit Sir Francis Cromarty, qui commençait à s’échauffer.

« Sans doute, » répondit le conducteur, « mais les voyageurs savent bien qu’ils doivent se faire transporter de Kholby jusqu’à Allahabad. »

Sir Francis Cromarty était furieux. Passepartout eût volontiers assommé le conducteur, qui n’en pouvait mais. Il n’osait regarder son maître.

« Sir Francis, » dit simplement Mr. Fogg, « nous allons, si vous le voulez bien, aviser au moyen de gagner Allahabad. »

« Monsieur Fogg, il s’agit ici d’un retard absolument préjudiciable à vos intérêts? »

« Non, Sir Francis, cela était prévu. »

« Quoi! vous saviez que la voie… »

« En aucune façon, mais je savais qu’un obstacle quelconque surgirait tôt ou tard sur ma route. Or, rien n’est compromis. J’ai deux jours d’avance à sacrifier. Il y a un steamer qui part de Calcutta pour Hong-Kong le 25 à midi. Nous ne sommes qu’au 22, et nous arriverons à temps à Calcutta. »

Il n’y avait rien à dire à une réponse faite avec une si complète assurance.

Il n’était que trop vrai que les travaux du chemin de fer s’arrêtaient à ce point. Les journaux sont comme certaines montres qui ont la manie d’avancer, et ils avaient prématurément annoncé l’achèvement de la ligne. La plupart des voyageurs connaissaient cette interruption de la voie, et, en descendant du train, ils s’étaient emparés des véhicules de toutes sortes que possédait la bourgade, palkigharis à quatre roues, charrettes traînées par des zébus, sortes de boeufs à bosses, chars de voyage ressemblant à des pagodes ambulantes, palanquins, poneys, etc. Aussi Mr. Fogg et Sir Francis Cromarty, après avoir cherché dans toute la bourgade, revinrent-ils sans avoir rien trouvé.

« J’irai à pied », dit Phileas Fogg.

Passepartout qui rejoignait alors son maître, fit une grimace significative, en considérant ses magnifiques mais insuffisantes babouches. Fort heureusement il avait été de son côté à la découverte, et en hésitant un peu: « Monsieur, » dit-il, « je crois que j’ai trouvé un moyen de transport. »

« Lequel? »

« Un éléphant! Un éléphant qui appartient à un Indien logé à cent pas d’ici. »

« Allons voir l’éléphant », répondit Mr. Fogg.

(chapitre XI, pages 68-69)

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8 réflexions sur “Le Tour du monde en 80 jours – [Jules Verne]

  1. Jules Verne (qui est né et a habité à Amiens) a sans doute moins voyagé que ton papa, mais il savait se documenter, comme ta maman! Merci de nous faire re- découvrir ce savoureux et palpitant monument de la littérature d’aventures. La bonne nouvelle: il en a écrit beaucoup d’autres.

  2. A ma grande honte je n’ai lu « Le tour du monde en 80 jours » que récemment, en voyage (on m’avait donné une dizaine de Jules Verne en poche). J’ai été enchanté par l’humour et le découpage impeccable de l’action. En revanche « 20 000 lieux sous les mers », encombré de descriptions interminables de fonds marins, m’a déçu. J’ai bien aimé aussi les 500 millions de la Bégum.

    • Il n’y a pas d’âge pour lire (et relire) les classiques ! Je viens juste de le découvrir aussi, et c’est tant mieux. Je me cherche un nouveau Jules verne, donc pourquoi pas Les cinq cent millions de la Bégum ?!

  3. J’ai un peu honte de dire que je n’ai jamais lu un Jules Verne en entier ! Voyage en centre de la Terre me fait de l’oeil depuis quelques mois, un jour je le lirais… En attendant, ton article me donne envie de lire Le Tour du monde en 80 jours ;)

    • Il faut le lire ! Ce genre de roman ne me tentait pas vraiment, je pensais qu’il y avait des longueurs, et j’ai été surprise de constater que non ! En tout cas il se dévore, et ce n’est pas une perte de temps !

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