Lettres à Eugène – [Hervé Guibert / Eugène Savitzkaya]

lettres à eugèneAprès en avoir lu des extraits inédits dans Le Magazine littéraire et une chronique par L’ivre de lire, j’avais plus qu’envie de découvrir cette correspondance entre deux auteurs reconnus, publiée par Gallimard à titre posthume (pour Hervé Guibert). Intitulée Lettres à Eugène, cette correspondance regroupe les quelques lettres qu’ont échangé Hervé Guibert et Eugène Savitzkaya entre 1977 et 1987, Hervé Guibert étant plus prolixe en missives que son interlocuteur, dont la discrétion confine à l’indifférence. On en apprend pourtant autant sur les deux auteurs, leur oeuvre, leur personnalité. Instructif et riche.

……….En 1977, Hervé Guibert découvre le premier roman d’Eugène Savitzkaya, Mentir, et lui envoie La Mort propagande, qui vient de paraître. Commence alors une correspondance « littéraire » entre eux (ils s’échangent leurs livres ou d’autres et se donnent leur avis), qui évolue rapidement vers des déclarations d’amitié, pleines de sensualité. Ils se rencontreront seulement quelques rares fois, qui suffisent à nourrir cette amitié amoureuse et épistolaire. Leurs solitudes respectives y trouvent un moyen de s’épancher, sans jamais verser dans le lyrisme ou l’écriture-fleuve.

savitskaya 2……….Entre supplications et serments, ces lettres dévoilent deux êtres angoissés par la solitude et ayant voué leur vie à l’écriture. L’angoisse est aussi celle de l’attente entre deux lettres, surtout l’impatience d’Hervé Guibert, qui enchaîne les mots à « son » Eugène sans obtenir de réponse avant longtemps. Parfois les mois s’écoulent, laissant un vide dans l’écriture épistolaire, que le lecteur de cette correspondance a tout le loisir de combler par son imagination.

……….Pour qui apprécie le genre épistolaire et les récits de vie, ces Lettres à Eugène contiennent tout le charme qui peut se trouver dans des écrits authentiques d’auteurs, intimes et intenses. Il faut aimer ce mode de communication qu’est l’écriture pour en faire un mode de communion avec l’être aimé, à la fois éloigné et proche par les mots. Écrire, pour Hervé Guibert, c’est ici remplir le vide, combler le manque.

hervé guibert……….En commençant par cette correspondance, relativement courte malgré son étendue (10 ans), on ne peut qu’avoir envie d’en lire plus et de découvrir, alternativement ou en même temps, les romans de l’un et l’autre des protagonistes.

……….Amoureux de la plume et du papier, ne tardez plus à lire ce bijoux de sensualité et d’amitié, de poésie quotidienne et de profondeur philosophique !

Carte d’identité

  • Titre : Lettres à Eugène
  • Auteurs : Hervé Guibert / Eugène Savitzkaya
  • Genre : correspondance d’auteurs
  • Date de publication : 2013
  • Édition : Gallimard – nrf
  • Nombre de pages : 129

Un extrait

Paris le 6 décembre [1982]

Cher Eugène,
à la veille d’un départ et après un certain silence, entre deux aphorismes de Marc-Aurèle, me permettras-tu de fomenter soudain un voeu : que tu viennes à Paris un jour pour me voir, ou voir en secret quelqu’un d’autre, mais que tu habites chez moi, que tu dormes dans mon lit, que tu te laves avec mon savon, que tu t’asseyes sur mon siège comme une héroïne de conte familière, mais que j’ai oubliée exactement, qui laisse sa trace menue dans une maison de géants ? (mais ce n’est pas que je me prenne pour un géant), connais-tu ce conte ? mais toi tu penses peut-être : à quoi bon, ou alors toutes ces idées font surgir un dégoût. J’ai mis ton avant-dernière petite lettre, précieuse, sur la cheminée de ma chambre, parmi des fleurs desséchées et tout contre le visage rétréci d’un ex-voto napolitain. J’ai acheté un autre meuble pour ranger tes autres lettres, qui sont pourtant bien minces, si minces qu’on dirait que l’enveloppe en est vide : elles reposent à plat l’une sur l’autre sur la seconde targette de l’un des dix tiroirs plats de cet ancien meuble à peintre, un meuble bien malcommode qui prend beaucoup de place et ne contient rien, enfin pas rien puisqu’il te contient. Je t’embrasse, Eugène, j’espère bien que cette lettre gratuite t’aura un peu distrait. Écris-moi.
hervé

(pages 33-34)

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5 réflexions sur “Lettres à Eugène – [Hervé Guibert / Eugène Savitzkaya]

  1. Tu me donnes envie ! Comme je te l’avais dit j’aime beaucoup les correspondances, par contre, je ne connais pas du tout les deux auteurs de celle-ci (honte à moi !), ce n’est pas gênant pour la lire ?

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