Le Portrait de Dorian Gray // Albert Lewin

Dorian Gray 4Le roman d’Oscar Wilde reprend un mythe universel : le désir de l’éternelle jeunesse, et les sacrifices qu’elle impose pour l’obtenir. Il s’agit, souvent, de vendre son âme au diable, en contrepartie d’une beauté inaltérable. Le film d’Albert Lewin, production hollywoodienne des années 1940 mais fidèle à l’esprit du roman, donne à voir l’étrange et l’inquiétant d’un visage incorruptible, magnifiquement incarné par un jeune acteur dont ce n’était que le 2e rôle au cinéma, Hurd Hatfield.

Pour résumer brièvement l’histoire aux néophytes : le peintre Basil Hallward réalise un portrait du jeune Dorian Gray, dont la beauté outrageuse est censée symboliser un nouvel hédonisme. Dorian, en découvrant son portrait prononce cette phrase tragiquement prémonitoire :

 Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout, pour qu’il en soit ainsi. Il n’est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme !

Ce souhait devient fatalement réalité. Quand Dorian se rend compte qu’aucun de ses méfaits ni sa vie de débauche n’ont de conséquence sur sa beauté et son aspect juvénile, sa conscience hésite entre le bien et le mal. Nul besoin de préciser que l’issue de ce dilemme est tragique.

Dorian Gray 2Contrairement aux sept adaptations qui avaient précédé celle de 1945, le scénario d’Albert Lewin reprend exactement les dialogues du roman. Le déroulement de l’action est le même, à ceci près que le réalisateur américain y ajoute un nouveau personnage, qui vient infléchir singulièrement la lecture globale de l’oeuvre d’Oscar Wilde : la jeune Gladys Hallward, soeur de Basil, amoureuse de Dorian depuis l’enfance, mais promise à un autre, symbolise l’innocence et la pureté et fait office de figure morale. L’intervention de ce personnage inventé permet de justifier les doutes et les remords qu’éprouve Dorian à la fin.

Dorian Gray 3Mais mis à part cette « incartade » par rapport au roman, on retrouve toute l’étrangeté et l’esthétique décadente du livre. Le mystère que contient cette histoire fantastique est retranscrite à merveille par l’interprète de Dorian, au physique aussi lisse qu’est sombre son âme. Les deux tableaux (l’original et celui qui évolue) créent une évidente dichotomie entre une esthétique classique (proche de l’art pompier) et une esthétique quasi cubiste, qui caricature les traits du personnage. L’image du film, en noir et blanc, accentue la dimension relativement manichéenne du mythe originel et de la séparation corps/âme. Les objets sont également porteurs d’une symbolique tragique, comme cette statuette de chat égyptien, qui représente le destin du jeune homme.

Dorian Gray

Le film a obtenu en 1946 un Oscar pour la meilleure photographie en noir et blanc, et un Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle (pour Angela Lansbury).

Cette adaptation montre que le roman d’Oscar Wilde est, comme son héros, imperméable à l’évolution du temps. À voir !

Carte d’identité

  • Titre : Le Portrait de Dorian Gray
  • Réalisateur : Albert Lewin
  • Date de sortie : 1945
  • Genre : Drame
  • Durée : 1h46
  • Casting : Hurd Hatfield (Dorian Gray), George Sander (Lord Henry Wotton), Angela Lansbury (Sybil Vane), Lowell Gilmore (Basil Hallward), Donna Reed (Gladys Hallward)…
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3 réflexions sur “Le Portrait de Dorian Gray // Albert Lewin

  1. J’ai tellement adoré le roman que j’ai un peu de mal avec ces adaptations ! Même si celle ci est pas mal contrairement à la récente qui est juste abominable =)

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