Just Kids – [Patti Smith]

Récit en première personne, cette traversée de la deuxième moitié du XXe siècle raconte deux histoires qui n’en sont finalement qu’une : la vie de Patti Smith et celle de Robert Mapplethorpe. Si Just Kids est une biographie, alors il s’agit de celle de la chanteuse et poète autant que de celle du célèbre photographe. Un livre inspirant, émouvant et emblématique d’une époque.

« Just Kids commence comme une histoire d’amour et finit comme une élégie » (France Culture)

Tout en retenue, le récit de Patti Smith porte la marque d’un réel talent littéraire, talent qu’on n’est pas surpris de découvrir quand on connaît la teneur poétique des textes de la chanteuse. Avec beaucoup de simplicité et une grande tendresse pour l’artiste, elle raconte la manière dont elle et « Robert » ont lié leurs destins, « à la vie à la mort ». Comme un voyage dans le temps, empreint de nostalgie et de bienveillance pour les disparus, elle retrace l’histoire d’un couple hors du commun, avec pudeur et simplicité.

 « Je suis née un lundi, dans les quartiers nord de Chicago, pendant le grand blizzard de 1946. Je suis arrivée un jour trop tôt, dans la mesure où les bébés nés à la Saint-Sylvestre quittaient l’hôpital avec un réfrigérateur neuf. »

Ainsi commence le récit, comme une autobiographie traditionnelle : inscription de la narratrice dans un contexte historique, mauvaise fortune ou absence de coïncidence qui rendent la naissance banale et l’être ordinaire,… Mais très vite Robert Mapplethorpe intervient dans le récit, et on comprend d’emblée la place qu’il tiendra dans cette vie qui commence à se déployer. Plus qu’amants, plus qu’amis, Patti et Robert seront comme « frères et sœurs « , parlant le même langage de l’art, ayant le même rapport religieux, mystique, absolu au monde, témoignant de la même sensibilité et de la même perception accrue des choses. Leur rencontre, placée sous le signe de la Providence, cèle leur union par le pacte qu’ils se font au bout de quelques semaines de toujours prendre soin l’un de l’autre.

Les qualités narratives certaines qui ressortent de ces mémoires les font lire comme un roman, et malgré l’indéniable authenticité du récit et de l’auteur, on ne peut s’empêcher de trouver merveilleuse l’histoire de ces deux gamins qui devaient rester unis à jamais, et leur relation unique est en un sens extraordinaire.

« Pour moi, ce qui comptait, c’était le message. Pour Robert, c’était le médium. »

Patti Smith raconte au fur et à mesure leur évolution artistique respective, la quête d’un médium, les méandres traversés pour se trouver, pour être en adéquation avec soi-même. Si pour la chanteuse les réponses viennent assez vite (elle sera poète), Robert passe par des phases de doute, d’extase, d’abattement. Patti Smith, fidèle à sa promesse, l’accompagne dans ces errements, assume tout. La lente découverte et l’acceptation de l’homosexualité de Mapplethorpe ne les sépare en rien ; elle réunit au contraire ces âmes sœurs dans un dialogue de l’esprit et de l’art.

La vie bohème menée par le couple, la toxicomanie de Robert et des nombreux artistes qui les entourent donnent une idée assez vive de ce qu’a du être le milieu artistique new-yorkais très « XIXe siècle » de cette époque. Patti Smith, elle, parvient à s’immerger dans cet univers sans sombrer et à en faire la peinture, sans faux-semblants.

De nombreux clichés de Mapplethorpe, à la beauté angélique, ponctuent le livre, et rendent hommage au talent du photographe, dont on a pu admirer récemment une rétrospective au Grand Palais (Paris).

Qu’on soit fan de Patti Smith, de Robert Mapplethorpe, des deux, ou juste curieux, amateur de poésie, en quête d’un récit plein d’idéalisme, Just Kids est un livre qui donne du sens à l’art et donc à la vie.

Et pour prolonger ou accompagner la lecture de Just Kids, une playlist très rock et bohème !

Carte d’identité

  • Titre : Just Kids
  • Auteur : Patti Smith
  • Genre : récit autobiographique
  • Date de publication : 2010
  • Édition (poche) : Folio
  • Nombre de pages : 405

Un extrait

« Un jour, en fin d’après-midi, nous marchions dans la 8e Rue lorsque nous avons entendu le son de « Because the night » qui passait à tue-tête dans tous les magasins, l’un après l’autre. Single tiré de l’album Easter, c’était ma collaboration avec Bruce Springsteen. Robert avait été notre premier auditeur lorsque nous avions enregistré la chanson. J’avais une bonne raison. C’était ce qu’il avait toujours voulu pour moi. À l’été 1978, la chanson est montée jusqu’à la treizième place du Top 40, réalisant le rêve de Robert, que j’aie un jour un tube.
Robert, souriant, marchait en rythme. Il a sorti une cigarette et l’a allumée. Nous avions parcouru un sacré bout de chemin depuis le jour où il m’avait délivrée de l’auteur de science-fiction et où nous avions partagé un egg cream sur un perron près de Tompkins Square.
Mon succès était pour Robert l’objet d’une fierté sans mélange. Ce qu’il voulait pour lui-même, il voulait pour nous deux. Il a exhalé une volute de fumée parfaite et il a parlé de ce ton qu’il n’utilisait qu’avec moi — une gronderie feinte, de l’admiration sans envie — notre langage de frère et sœur.
« Patti, a-t-il fait d’une voix traînante, t’es devenue célèbre avant moi. » »

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