Un amour impossible – [Christine Angot]

Une critique élogieuse dans Le Magazine littéraire, l’avis positif d’une libraire, le sentiment de passer à côté de quelque chose en ne le lisant pas, il n’en fallait pas plus pour que je me décide à acheter « le nouveau Angot ». À mon grand regret.

Disons-le d’emblée, je ne savais pas grand chose de Christine Angot avant cette lecture. Romancière ayant obtenu plusieurs prix pour ses œuvres, dont l’une des plus connues est L’Inceste, roman autobiographique (vendu à plus de 50 000 exemplaires) où elle raconte le viol par son père quand elle avait 14 ans, on la connaît surtout comme l’auteur d’une œuvre qui divise la critique française. De ce viol incestueux, et de ses racines familiales, du milieu populaire d’où vient sa mère, de la figure arrogante de son père, elle a extrait la plus grande matière du reste de son œuvre.

Dans Un amour impossible, c’est l’histoire de Rachel Schwartz, sa mère, qu’elle raconte. Et l’histoire d’un amour impossible, bien sûr. Celui de ses parents. Mais peut-être aussi celui de Rachel et de sa fille. Bref, on ne sait pas bien où va le récit, qui se termine par un long monologue à la mère, à celle qu’elle doit réapprendre à appeler « maman ». Sa mère qui, elle, doit accepter d’être « la mère d’une fille à qui son père fait ça ». En définitive, Angot parle d’elle, ressasse, sans aucune originalité, son passé, et tente une explication fumeuse sur la fracture sociale à l’origine de son existence (« Tu as été rejetée en raison de ton identité maman. Pas en raison de l’être humain que tu étais. Pas de qui tu étais toi. ») Aussi dur cela soit-il, il ne suffit pas d’avoir vécu un évènement violent pour être écrivain, et c’est avec ce sentiment qu’on émerge de la lecture ennuyeuse d’Un amour impossible.

L’ambition littéraire est annoncée dès la première phrase, le lecteur est prévenu :

Mon père et ma mère se sont rencontrés à Châteauroux, près de l’avenue de la Gare, dans la cantine qu’elle fréquentait, à vingt-six ans elle était déjà à la Sécurité sociale depuis plusieurs années, elle a commencé à travailler à dix-sept ans comme dactylo dans un garage, lui, après de longues études, à trente ans, c’était son premier poste.

L’écriture est brouillon, inexacte, malhabile, « sans estomac » (pour reprendre le titre d’un essai de Pierre Jourde*), se veut sobre pour être au plus près du réel. Mais ici, la sobriété du style n’est qu’une excuse à l’absence de style. À plusieurs reprises, on éprouve de la gêne à lire ces bêtes « effets de réel », les raccourcis textuels et psychanalytiques (par exemple quand Rachel est opérée d’une infection des trompes juste après avoir appris la vérité au sujet du père de Christine – « Comme par hasard. Des trompes. Tu venais d’être détrompée. Hhhh !! »), un récit et des dialogues plats, qui se contentent de décrire le réel mais ne disent rien du réel. Cette gêne mise à part, on finit même par se demander qui a pu croire une seconde, l’auteur incluse, à la mention de « roman » fièrement apposée sur la couverture…

De nombreux auteurs illustres de notre patrimoine littéraire ont certes eux-mêmes, parfois, commis le péché de la faute de style, d’orthographe, de syntaxe… Mais si les grands auteurs font des fautes, faire des fautes ne fait pas de vous un grand auteur. C’est le moins que l’on puisse dire face à l’inanité de ce récit.

N’ayant pas peur des mots : « le dernier Angot » est (très) mauvais. Et il y a tant d’auteurs méconnus à découvrir qu’on peut tout à fait se passer (en temps et en budget) de l’œuvre inconsistante d’une « écrivant(e) » (trop) médiatisée.

Le mot de la fin avec cette citation d’Augustin Cochin** (publiée sur la page Facebook du blog Philitt) :

« Or, il n’est pas d’argument ni de séduction qui agisse sur l’opinion comme ce fantôme d’elle même. Chacun se soumet à ce qu’il croit approuvé de tous. L’opinion suit sa contrefaçon et de l’illusion naît la réalité. C’est ainsi que sans talent, sans risques, sans intrigues dangereuses et grossières, par la seule vertu de son union, la petite cité fait parler à son gré l’opinion de la grande, y décide des réputations et fait applaudir, s’ils sont à elles, d’ennuyeux auteurs et de méchants livres. »

*Pierre Jourde, « La Littérature sans estomac », 2002.
**Augustin Cochin, Les Sociétés de pensée et la Démocratie moderne, 1921.

Carte d’identité

  • Titre : Un amour impossible
  • Auteur : Christine Angot
  • Genre : roman
  • Date de publication : 2015
  • Édition : Flammarion
  • Nombre de pages : 217

Un extrait

« – Je n’ai jamais connu ça. Ce n’est pas seulement la douceur de ta peau, qui est extraordinaire. Tu as un fluide, Rachel, je t’assure. Comme Iseult. Tu fais boire un philtre à ton amant toi aussi. Dans le creux de tes mains.
Il glissait ses doigts dans les siens comme les ailes au repos d’un petit oiseau, à abri dans un étui. Puis :
– Attends, Rachel.
Il les retirait, il les faisait bouger dans l’air, pour leur faire oublier la sensation de velours qu’ils venaient de quitter. Il marchait quelques minutes les mains dans les poches, ou le long du corps, à côté d’elle, tranquillement, sans la toucher. Puis il remettait sa main dans la sienne, doucement, il la reglissait dans la paume soyeuse, qui se refermait sur elle sans la serrer.
– Ce moment, où je te donne la main. Ce moment précis, le moment lui-même. Où je glisse ma main dans la tienne. Cet instant-là. C’est un tel plaisir. Ces quelques secondes. Ahhhh… C’est merveilleux. »

(page 13)
En gras, les fautes.

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