Anima – [Wajdi Mouawad]

Anima fait partie de ces livres dont il est difficile de parler, tant l’intensité littéraire et poétique ébranle son lecteur. Il lui faut du temps pour prendre du recul, comprendre la source de cet ébranlement, la raison du plaisir du texte, démêler les sentiments, faire la part entre ce qu’il lit et comment il le lit. La littérature contemporaine s’aventure rarement sur le terrain du surnaturel et c’est un manque. Wajdi Mouawad prend le risque de la violence des mots, pour essayer de dire quelque chose de la violence du monde. Ce qui au premier abord peut rebuter constitue sans aucun doute la force du roman, sa singularité et sa beauté.

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Heureux les heureux – [Yasmina Reza]

« J’écris sur le fil de l’essentiel. En cherchant à dire quasiment tout avec presque rien. » Dans une interview parue dans L’Express en janvier 2000, Yasmina Reza confie ce que pour elle écrire veut dire. Heureux les heureux, son deuxième roman, condense ce style si laconique et incisif qu’on lui connaît au théâtre. Avant tout dramaturge et scénariste à la renommée internationale (Le Dieu du carnage, Art, entre autres pièces), récompensée par de nombreux prix, Yasmina Reza excelle aussi dans l’art du portrait. Sous forme de « destins croisés », Heureux les heureux offre un tableau mélancolique et grinçant de l’homme moderne. Lire la suite

Le Complexe d’Eden Bellwether – [Benjamin Wood]

N’ayant pas lu beaucoup de livres parus en 2014, il m’est difficile de parler du « meilleur livre de l’année », mais c’est en tout cas un livre très marquant et captivant. Pour un premier roman, il faut saluer le talent du jeune auteur britannique Benjamin Wood, qui fait déjà montre d’une réelle aisance pour fasciner et mettre en place un univers littéraire envoûtant.

Il est rare qu’un pavé cumule à la fois qualités littéraires et narratives, profondeur psychologique et légèreté de ton, tragique et comique, avec autant de talent. Le Complexe d’Eden Bellwether relève le défi avec brio.

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Le Crieur de nuit – [Nelly Alard]

Nelly Alard signe, avec Le Crieur de nuit, son premier roman, un court récit où il n’y a de place ni pour le regret ni pour le pardon.  Les premières lignes synthétisent l’essence de cette autofiction dont on sent toute la nécessité pour la narratrice : « J’ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. Je me suis fait couler un café et je l’ai rappelée, puis j’ai composé le numéro d’Air France. Thierry est entré en bâillant, m’a regardée et a dit : Qu’est-ce qui se passe ? J’ai répondu : Papa est mort. Isa dit : décédé. Moi je dis : mort. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants. […] Tu es mort. Enfin. » Lire la suite

Tess d’Urberville – [Thomas Hardy]

Qu’y a-t-il, dans le fond, à dire sur les classiques ? Peut-on questionner leur valeur littéraire, leur intérêt narratif, leurs qualités intrinsèques quand on sait que ces livres ont trouvé leur place dans la postérité, qu’ils sont étudiés par des millions d’élèves dans le monde, lus et relus par autant de lecteurs depuis des siècles ? Il semblerait que tout a été dit. La critique (professionnelle) est déjà passée par là. Néanmoins, nous, lecteurs contemporains, éprouvons encore le besoin de légitimer leur existence ou au contraire, d’en questionner l’intérêt. Tess d’Urberville est un peu à part, et fait partie de ces « classiques » dont on connaît seulement vaguement l’intrigue. Mais pour redécouvrir à quel point la littérature est vivante, surprenante, et surtout intemporelle, rien ne vaut la lecture de ce roman dense, l’une des œuvres les plus connues de Thomas Hardy. Lire la suite