Le Royaume – [Emmanuel Carrère]

Emmanuel Carrère ne signe malheureusement pas son chef d’œuvre avec cette œuvre massive et dense, contrairement à ce qu’il voudrait croire et affirme tout au long du roman. La presse a attendu en septembre 2014 avec impatience « le nouveau Carrère », ce péplum chrétien, moi de même, et puis l’a encensé. Pourtant amatrice de Carrère (voir chronique de Limonov), je crains de ne pas faire partie des conquis du Royaume. Lire la suite

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La Vénus à la fourrure – [Leopold von Sacher-Masoch]

Sacher-Masoch… Un nom grandement méconnu qui est pourtant à l’origine d’un terme on ne peut plus connu : le masochisme. Si vous pensiez que E.L. James (50 nuances de Grey) avait révolutionné la manière de concevoir les relations homme-femme avec son roman faussement subversif (et, accessoirement, aux prétentions artistiques proches de zéro), il vous faut lire La Vénus à la fourrure pour comprendre que le masochisme, dans toute sa complexité sémantique, ne se réduit pas à un sadisme inversé et encore moins à la seule quête du plaisir dans la douleur. Du moins, ce n’est pas ainsi que Sacher-Masoch conçoit les fantasmes de Séverin ni la violence de ce qui se joue dans sa relation à la femme déifiée. Lire la suite

Une désolation – [Yasmina Reza]

Le travail du chroniqueur n’est rien de convenu. Certains textes particulièrement farouches exigent du lecteur plus d’attention, plus de patience. Ce que l’exotisme d’une lecture n’est pas parvenu à réaliser, en terme d’émotion et de plaisir, la mémoire et la curiosité vont le faire. Le roman de Yasmina Reza, est ce puissant steamer auquel rêve Mallarmé, qu’il admire balançant sa mâture, un médium qui nous emmène dans les lieux de l’étrange, chez les canaques à Mombassa ou à Kuala Lumpur. Lire la suite

Réparer les vivants – [Maylis de Kerangal]

Roman des étudiants #7

Plongée dans l’univers chirurgical d’une transplantation cardiaque, Réparer les vivants met le coeur au centre d’une aventure collective inouïe, organe vital tout autant que siège des affects. 24 heures dans la vie d’un coeur, immersion dans l’univers si particulier de l’hôpital,  images scannées de la douleur d’une famille… L’écriture de ce beau roman scrute la vie dans ce qu’elle a d’à la fois miraculeux et de terriblement trivial.

Ce qu’ils pensent en cette seconde je l’ignore, sans doute pensent-ils à Simon, où était-il avant de naître, où est-il désormais, ou peut-être qu’ils ne pensent à rien, captés par la seule vision de ce monde qui se dérobe graduellement pour apparaître de nouveau, tangible, absolument énigmatique -, et la proue qui fend l’eau affirme le présent fulgurant de leur douleur.

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En finir avec Eddy Bellegueule – [Édouard Louis]

Roman des étudiants #6

Édouard Louis : le nouveau petit génie des lettres ? Les médias exhibent ce jeune homme de 21 ans depuis plusieurs semaines, et il s’agit de comprendre pourquoi. Certes, tout le monde n’a pas dirigé un ouvrage collectif sur Bourdieu à 21 ans. Tout le monde n’a pas écrit un premier roman au Seuil qui est en tête des ventes dès sa sortie. Tout le monde n’a pas réussi à fuir un milieu d’origine ouvrier violent, raciste, misogyne et misérable pour finir normalien. Et plus encore, personne, semble-t-il, n’avait réussi avec autant d’acuité à décrire ce processus de fuite contrainte. Édouard Louis, de son vrai (ancien) nom Eddy Bellegueule, l’a fait. On peut au moins lui reconnaître ça. Lire la suite

Faillir être flingué – [Céline Minard]

Roman des étudiants #5

Faillir être flingué a obtenu le Prix du style 2013. Passé l’étonnement face à la découverte d’un tel prix, on peut tomber d’accord : Céline Minard a une vraie plume, son écriture coule de source et se lit agréablement. Mais l’alchimie de cette fresque américaine et sauvage ne prend pas, et c’est avec ennui qu’on tourne les pages, dans l’espoir de voir quelque chose advenir des (trop) nombreux personnages… Lire la suite