La Playlist du Dimanche #10 « Just Kids », de Patti Smith

Cette playlist aurait pu être uniquement composée de chansons de Patti Smith, d’artistes qui l’ont inspirée (Joan Mitchell, Bob Dylan,…), ou encore de ceux lui ayant « succédé ». La sélection de chansons qui suit tente plutôt de faire revivre l’atmosphère punk des années 60 que décrit si justement Patti Smith dans Just Kids. Lire la suite

Anima – [Wajdi Mouawad]

Anima fait partie de ces livres dont il est difficile de parler, tant l’intensité littéraire et poétique ébranle son lecteur. Il lui faut du temps pour prendre du recul, comprendre la source de cet ébranlement, la raison du plaisir du texte, démêler les sentiments, faire la part entre ce qu’il lit et comment il le lit. La littérature contemporaine s’aventure rarement sur le terrain du surnaturel et c’est un manque. Wajdi Mouawad prend le risque de la violence des mots, pour essayer de dire quelque chose de la violence du monde. Ce qui au premier abord peut rebuter constitue sans aucun doute la force du roman, sa singularité et sa beauté.

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Heureux les heureux – [Yasmina Reza]

« J’écris sur le fil de l’essentiel. En cherchant à dire quasiment tout avec presque rien. » Dans une interview parue dans L’Express en janvier 2000, Yasmina Reza confie ce que pour elle écrire veut dire. Heureux les heureux, son deuxième roman, condense ce style si laconique et incisif qu’on lui connaît au théâtre. Avant tout dramaturge et scénariste à la renommée internationale (Le Dieu du carnage, Art, entre autres pièces), récompensée par de nombreux prix, Yasmina Reza excelle aussi dans l’art du portrait. Sous forme de « destins croisés », Heureux les heureux offre un tableau mélancolique et grinçant de l’homme moderne. Lire la suite

Marie Stuart – [Stefan Zweig]

« Ce qui est clair et évident s’explique de soi-même, mais le mystère exerce une action créatrice. » Dans sa préface à Marie Stuart, Stefan Zweig justifie son projet de biographie : il ne cache pas que les zones d’ombre et d’incertitudes sur la vie et la personnalité de Marie Stuart sont pour lui le matériau romanesque idéal. Les nombreuses interprétations contradictoires de l’histoire et des documents historiques amènent tout naturellement le romancier-historien à faire acte d’honnêteté : admettre ce qu’on ne peut remettre en cause, reconnaître que l’authenticité des sources peut faire débat sans pour autant éviter de prendre parti. Habilement mené, le récit nous entraîne dans les méandres de l’Écosse et de l’Angleterre du XVIe siècle et l’on se prend au jeu de l’histoire. Une question demeure : sommes-nous face à une fiction narrative (Marie Stuart devenant un personnage entièrement créé par Zweig) ou à une (forme de) vérité historique (impartialité et neutralité de l’auteur primant sur les motivations artistiques) ?

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Le Complexe d’Eden Bellwether – [Benjamin Wood]

N’ayant pas lu beaucoup de livres parus en 2014, il m’est difficile de parler du « meilleur livre de l’année », mais c’est en tout cas un livre très marquant et captivant. Pour un premier roman, il faut saluer le talent du jeune auteur britannique Benjamin Wood, qui fait déjà montre d’une réelle aisance pour fasciner et mettre en place un univers littéraire envoûtant.

Il est rare qu’un pavé cumule à la fois qualités littéraires et narratives, profondeur psychologique et légèreté de ton, tragique et comique, avec autant de talent. Le Complexe d’Eden Bellwether relève le défi avec brio.

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Le Crieur de nuit – [Nelly Alard]

Nelly Alard signe, avec Le Crieur de nuit, son premier roman, un court récit où il n’y a de place ni pour le regret ni pour le pardon.  Les premières lignes synthétisent l’essence de cette autofiction dont on sent toute la nécessité pour la narratrice : « J’ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. Je me suis fait couler un café et je l’ai rappelée, puis j’ai composé le numéro d’Air France. Thierry est entré en bâillant, m’a regardée et a dit : Qu’est-ce qui se passe ? J’ai répondu : Papa est mort. Isa dit : décédé. Moi je dis : mort. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants. […] Tu es mort. Enfin. » Lire la suite