Réparer les vivants – [Maylis de Kerangal]

Roman des étudiants #7

Plongée dans l’univers chirurgical d’une transplantation cardiaque, Réparer les vivants met le coeur au centre d’une aventure collective inouïe, organe vital tout autant que siège des affects. 24 heures dans la vie d’un coeur, immersion dans l’univers si particulier de l’hôpital,  images scannées de la douleur d’une famille… L’écriture de ce beau roman scrute la vie dans ce qu’elle a d’à la fois miraculeux et de terriblement trivial.

Ce qu’ils pensent en cette seconde je l’ignore, sans doute pensent-ils à Simon, où était-il avant de naître, où est-il désormais, ou peut-être qu’ils ne pensent à rien, captés par la seule vision de ce monde qui se dérobe graduellement pour apparaître de nouveau, tangible, absolument énigmatique -, et la proue qui fend l’eau affirme le présent fulgurant de leur douleur.

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La Petite Communiste qui ne souriait jamais – [Lola Lafon]

Roman des étudiants #4

Qu’a-t-on retenu des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal ? Pour ceux qui s’en souviennent, c’est surtout à travers la figure de la jeune Nadia Comaneci (14 ans à l’époque), gymnaste roumaine qui avait enchanté le jury par sa grâce et sa performance sans faute, qui lui valut un 10, note maximale et jamais attribuée jusque là. Mais que sait-on de son parcours ? Pas grand chose, comme le révèle le dernier roman de Lola Lafon : en prenant comme ligne de fond le contexte de ces JO de 1976, elle tisse un récit qui se présente d’emblée comme une fiction. À partir d’un dialogue imaginaire avec Nadia, la narratrice « remplit les silences de l’histoire ». Et nous fait rêver. Lire la suite

Pornstar – [Anthony Sitruk]

« La porno-graphie est, de manière constitutive, littera, inscription. Ce n’est pas quelque pulsion, en deçà de tout langage, mais un ensemble diversifié de pratiques sémiotiques contraintes, inscrites dans l’histoire, qui ont une finalité sociale, qui se distribuent en types et en genres associés à certains supports et à certains modes de circulation. De toute façon, comme il s’agit de paralittérature, on ne peut pas adopter le point de vue littéraire traditionnel qui, privilégiant la valeur esthétique, ne s’intéresse qu’aux textes qui sortent de l’ordinaire. » Lire la suite

Clèves – [Marie Darrieussecq]

ClèvesDepuis son premier roman en 1996 (Truismes), Marie Darrieussecq a publié une dizaine de romans, dont Clèves est le dernier. Dans Truismes, elle racontait une métamorphose : une femme devenant une truie. Dans Clèves, elle raconte comment une jeune nymphette devient femme. Sur un ton cru et trivial, la transformation est tout aussi monstrueuse (au sens de « montrer »). Difficile de ne pas être écoeuré après cette lecture : était-ce le but de ce roman, prétexte à l’exhibition de fantasmes adolescents et au récit de leur réalisation ? Lire la suite

Le(s) corps en littérature

La danse, Matisse

Avec plus de 30 billets publiés sur ce blog, l’heure est au bilan-lectures. Je constate avec étonnement que le corps est une thématique très présente dans les livres que je lis. J’ai donc choisi, à partir de 4 exemples, de dresser un petit inventaire de la manière dont on peut représenter ce corps, notre enveloppe charnelle, dans la littérature.

« Nous habitons notre corps bien avant de le penser. » (Albert Camus) Lire la suite

J’écoute avec mon corps – [David Grossman]

J'écoute avec mon corps, David Grossman

Avec ces deux nouvelles, David Grossman touche à ce qu’il y a de plus intime dans les corps. Lui dont le combat politique en tant qu’écrivain israélien « le plus doué de sa génération » (Seuil) en fait une figure « publique » de premier plan, lui qui lance régulièrement des appels à la paix et signe des pétitions pour faire cesser les conflits entre Israël et Palestine, l’écriture semble un lieu où il se réfugie et capte le langage du corps. Lire la suite