La Mégère apprivoisée // Comédie Saint-Michel

La Mégère apprivoisée est un peu à Shakespeare ce que Les Plaideurs sont à Racine : une pièce mineure dans l’œuvre d’un auteur majeur. Qui plus est, une comédie fantasque dans le répertoire d’un dramaturge surtout célébré pour ses tragédies. Ce n’est pas la seule raison qui explique que la pièce soit méconnue en France, et que les théâtres s’en désintéressent, eux si prompts à remplir les salles avec leurs Othello, leurs Hamlet, Macbeth et Richard III. Il faut dire que l’action principale, simple et presque farcesque, se double d’une intrigue secondaire assez complexe, avec de nombreux personnages qui intervertissent leurs rôles, se déguisent, se cachent… De quoi rebuter l’esprit cartésien des Français ! Mais la compagnie Naphralytep a su, avec cette adaptation d’une heure, écarter les contraintes et proposer une mise en scène pétillante et moderne. Lire la suite

Syngué sabour – [Atiq Rahimi]

syngué sabourLire un Goncourt d’à peine 100 pages : c’est fait ! Petits lecteurs, vous pouvez remercier l’Académie : c’est le moment de crâner, en découvrant ce roman d’Atiq Rahimi. Ce dernier en a également écrit l’adaptation au cinéma. Un auteur polyvalent, donc, qui jongle avec la langue comme avec la caméra.

Syngué sabour, la « pierre de patience » (sous-titre du roman) est cette pierre noire qui aiderait à conjurer les souffrances et éloigner les malheurs du monde, dans la culture perse. Dans le roman d’Atiq Rahimi, « elle », la femme sans nom, fait de son mari entre la vie et la mort sa « syngué sabour ». Le roman, de long monologue, devient une libération de la femme par la parole, un sursaut de pouvoir sur l’homme dominant. Lire la suite

Portraits de femmes – [Philippe Sollers]

SollersCe ne sont pas des tableaux mais des esquisses que ces Portraits de femmes. Voire plutôt de brèves allusions, des anecdotes. C’est surtout un autoportrait de Sollers lui-même (on pouvait s’y attendre), à travers les femmes qui ont marqué sa vie, qui l’ont accompagné, qu’il a aimées, perdues… C’est là la limite de ce récit : Sollers se pose en connaisseur des femmes, mais tombe parfois – souvent ? – dans la caricature. Ajoutez à cela une posture d’écrivain qui peut vite devenir agaçante (le grand auteur reconnu qui nous offre lui-même un regard rétrospectif sur son oeuvre, et ne parle, finalement, que de lui), et vous avez un aperçu de ce dernier « récit » (autoportrait ?) de Philippe Sollers. Lire la suite

Certaines n’avaient jamais vu la mer – [Julie Otsuka]

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines n’avaient jamais vu la mer, deuxième roman de Julie Otsuka et prix Femina 2012, s’inspire de faits réels : une vague d’immigration japonaise au début du XXe siècle aux Etats-Unis. Ici, c’est l’histoire de femmes qui quittent le Japon pour rejoindre en Amérique l’homme qu’on leur a choisi et qu’elles doivent épouser. Pleines d’illusions, elles espèrent changer de vie, pensent être promises à de riches banquiers ou négociants et connaître enfin un mode de vie aisé et occidental. Sur place, elles ne connaîtront que la déception : leurs maris ne sont ni riches, ni beaux ni grands, ni n’habitent dans des villas somptueuses ; ils sont de simples fermiers vivant à la campagne, ou des domestiques. C’est leur histoire que Julie Otsuka nous raconte, dans un équilibre réussi entre fiction et histoire. Lire la suite

Aphorismes – [Oscar Wilde]

Les Aphorismes de Wilde représentent un vrai remède contre la morosité. Mots d’esprit, finesse, cynisme, humour, voire tendresse ou mélancolie, ils ont toujours une force philosophique et une valeur existentielle. Car sous son costume dandy et sa pose artiste, Oscar Wilde est un grand soucieux. Il n’en reste pas moins que ces pensées, qui sont tour à tour des maximes, des sentences ou de simples formules, donnent le sourire. Lire la suite