Réparer les vivants – [Maylis de Kerangal]

Roman des étudiants #7

Plongée dans l’univers chirurgical d’une transplantation cardiaque, Réparer les vivants met le coeur au centre d’une aventure collective inouïe, organe vital tout autant que siège des affects. 24 heures dans la vie d’un coeur, immersion dans l’univers si particulier de l’hôpital,  images scannées de la douleur d’une famille… L’écriture de ce beau roman scrute la vie dans ce qu’elle a d’à la fois miraculeux et de terriblement trivial.

Ce qu’ils pensent en cette seconde je l’ignore, sans doute pensent-ils à Simon, où était-il avant de naître, où est-il désormais, ou peut-être qu’ils ne pensent à rien, captés par la seule vision de ce monde qui se dérobe graduellement pour apparaître de nouveau, tangible, absolument énigmatique -, et la proue qui fend l’eau affirme le présent fulgurant de leur douleur.

Lire la suite

Publicités

Vercoquin et le plancton – [Boris Vian]

Vercoquin-et-le-plancton[…] Cette oeuvre magistrale – j’entends : Vercoquin et caetera – n’est pas un roman réaliste, en ce sens que tout ce que l’on y raconte s’est réellement produit. En pourrait-on dire autant des romans de Zola ?

Dès le « prélude », on retrouve Boris Vian – Bison Ravi ! – tel qu’on l’imagine : un ton caustique, un usage jazz de la langue, une pointe d’ironie mélancolique. Il n’y a qu’à regarder ensuite le sommaire pour comprendre que le premier roman de Boris Vian est définitivement digne des suivants. « Swing chez le Major », « Dans l’ombre des ronéos », « Le Major dans l’hypoïd », « La passion des jitterbugs » : les titres des parties annoncent un roman aussi endiablé que les « surprises-party » des années 40 qu’il décrit. Lire la suite

Lettres à Eugène – [Hervé Guibert / Eugène Savitzkaya]

lettres à eugèneAprès en avoir lu des extraits inédits dans Le Magazine littéraire et une chronique par L’ivre de lire, j’avais plus qu’envie de découvrir cette correspondance entre deux auteurs reconnus, publiée par Gallimard à titre posthume (pour Hervé Guibert). Intitulée Lettres à Eugène, cette correspondance regroupe les quelques lettres qu’ont échangé Hervé Guibert et Eugène Savitzkaya entre 1977 et 1987, Hervé Guibert étant plus prolixe en missives que son interlocuteur, dont la discrétion confine à l’indifférence. On en apprend pourtant autant sur les deux auteurs, leur oeuvre, leur personnalité. Instructif et riche. Lire la suite

Tous les matins du monde – [Pascal Quignard]

Tous les matins du mondeAprès La Musique d’une vie, encore un roman sur la musiqueTous les matins du monde est une variation narrative à partir du personnage de Jean de Sainte-Colombe (v.1640 – v.1700), compositeur et violiste ayant rééllement existé mais dont on sait très peu de choses, si ce n’est qu’il aurait été à l’origine de l’ajout d’une 7e corde à la viole de gambe telle qu’on la pratique aujourd’hui. Pascal Quignard raconte la vie de cet homme après la mort de sa femme, seul avec ses deux filles, renfermé et taciturne, refusant toutes les avances du Roi et vivant dans la solitude et l’austérité. C’est un roman très court, qui se lit en deux après-midis et dans lequel Quignard parvient tout de même à recréer une atmosphère propre au XVIIe siècle, non sans quelques incursions de fantastique.

Lire la suite

Journal d’un corps – [Daniel Pennac]

Le Journal d’un corps se lit d’une traite, on n’a pas le temps de compter les pages. Mais dieu que c’est triste. Ce quotidien d’un corps est surtout le journal d’une vie qui se voit finir, qui agonise dès la cinquantaine passée. En même temps, le lecteur a l’impression de se retrouver face à un condensé de vie. Et comme tous les récits de vie, que ce soit en littérature, au cinéma, au théâtre, on en ressort avec un goût de mélancolie mêlé à de la joie. Avis mitigé, donc. Lire la suite