Heureux les heureux – [Yasmina Reza]

« J’écris sur le fil de l’essentiel. En cherchant à dire quasiment tout avec presque rien. » Dans une interview parue dans L’Express en janvier 2000, Yasmina Reza confie ce que pour elle écrire veut dire. Heureux les heureux, son deuxième roman, condense ce style si laconique et incisif qu’on lui connaît au théâtre. Avant tout dramaturge et scénariste à la renommée internationale (Le Dieu du carnage, Art, entre autres pièces), récompensée par de nombreux prix, Yasmina Reza excelle aussi dans l’art du portrait. Sous forme de « destins croisés », Heureux les heureux offre un tableau mélancolique et grinçant de l’homme moderne. Lire la suite

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Le Crieur de nuit – [Nelly Alard]

Nelly Alard signe, avec Le Crieur de nuit, son premier roman, un court récit où il n’y a de place ni pour le regret ni pour le pardon.  Les premières lignes synthétisent l’essence de cette autofiction dont on sent toute la nécessité pour la narratrice : « J’ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. Je me suis fait couler un café et je l’ai rappelée, puis j’ai composé le numéro d’Air France. Thierry est entré en bâillant, m’a regardée et a dit : Qu’est-ce qui se passe ? J’ai répondu : Papa est mort. Isa dit : décédé. Moi je dis : mort. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants. […] Tu es mort. Enfin. » Lire la suite

La Maladie de la mort // Théâtre du Vieux-Colombier

La Maladie de la mort… Le titre choisi par Marguerite Duras pour ce poème en prose est peu engageant, mais pour cause : ce qui y est raconté n’a ni plus ni moins à voir avec la maladie et… la mort (sociale, de l’âme, du désir, de l’amour…). Écrit alors qu’elle traverse une grave crise existentielle et que sa santé est au plus bas (Duras souffre d’une cirrhose et d’une dépression), La Maladie de la mort permettra paradoxalement à l’auteur de retrouver ensuite son énergie créatrice et sa force vitale. Lire la suite

Nue – [Jean-Philippe Toussaint]

Roman des étudiants #1

NueDire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune.

Cette citation de Dante, mise en exergue du dernier roman de Jean-Philippe Toussaint, apparaît comme programmatique du projet d’écriture de l’auteur. Ce court roman s’essaie en effet à cerner, dans une simplicité ambitieuse et à travers un portrait inédit de la femme aimée, rien moins que l’amour, la vie et la mort. Lire la suite

Rosa candida – [Audur Ava Olafsdottir]

rosa candidaPour une première plongée dans la littérature islandaise, Rosa candida était le livre idéal. Ce roman, le premier de cette auteur traduit en français, condense et mêle avec une tendresse et un charme fous toutes les étapes de la vie, de la naissance à la mort, les découvertes d’un jeune homme qui quitte son père, sans aucune niaiserie. La légèreté du ton rend les personnages on ne peut plus attachants et proches. On se laisse porter par leur expérience de la vie, la délicatesse des réflexions de « Lobbi », le narrateur. C’est un livre qui berce le lecteur sans l’endormir, et dont on sort comme d’un cocon qu’on ne voudrait plus quitter. Lire la suite

Syngué sabour – [Atiq Rahimi]

syngué sabourLire un Goncourt d’à peine 100 pages : c’est fait ! Petits lecteurs, vous pouvez remercier l’Académie : c’est le moment de crâner, en découvrant ce roman d’Atiq Rahimi. Ce dernier en a également écrit l’adaptation au cinéma. Un auteur polyvalent, donc, qui jongle avec la langue comme avec la caméra.

Syngué sabour, la « pierre de patience » (sous-titre du roman) est cette pierre noire qui aiderait à conjurer les souffrances et éloigner les malheurs du monde, dans la culture perse. Dans le roman d’Atiq Rahimi, « elle », la femme sans nom, fait de son mari entre la vie et la mort sa « syngué sabour ». Le roman, de long monologue, devient une libération de la femme par la parole, un sursaut de pouvoir sur l’homme dominant. Lire la suite