Anima – [Wajdi Mouawad]

Anima fait partie de ces livres dont il est difficile de parler, tant l’intensité littéraire et poétique ébranle son lecteur. Il lui faut du temps pour prendre du recul, comprendre la source de cet ébranlement, la raison du plaisir du texte, démêler les sentiments, faire la part entre ce qu’il lit et comment il le lit. La littérature contemporaine s’aventure rarement sur le terrain du surnaturel et c’est un manque. Wajdi Mouawad prend le risque de la violence des mots, pour essayer de dire quelque chose de la violence du monde. Ce qui au premier abord peut rebuter constitue sans aucun doute la force du roman, sa singularité et sa beauté.

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Le Crieur de nuit – [Nelly Alard]

Nelly Alard signe, avec Le Crieur de nuit, son premier roman, un court récit où il n’y a de place ni pour le regret ni pour le pardon.  Les premières lignes synthétisent l’essence de cette autofiction dont on sent toute la nécessité pour la narratrice : « J’ai appris la nouvelle ce matin, en écoutant le répondeur. Isa disait : Papa est décédé. Je me suis fait couler un café et je l’ai rappelée, puis j’ai composé le numéro d’Air France. Thierry est entré en bâillant, m’a regardée et a dit : Qu’est-ce qui se passe ? J’ai répondu : Papa est mort. Isa dit : décédé. Moi je dis : mort. Je ne vois pas pourquoi je prendrais des gants. […] Tu es mort. Enfin. » Lire la suite

En finir avec Eddy Bellegueule – [Édouard Louis]

Roman des étudiants #6

Édouard Louis : le nouveau petit génie des lettres ? Les médias exhibent ce jeune homme de 21 ans depuis plusieurs semaines, et il s’agit de comprendre pourquoi. Certes, tout le monde n’a pas dirigé un ouvrage collectif sur Bourdieu à 21 ans. Tout le monde n’a pas écrit un premier roman au Seuil qui est en tête des ventes dès sa sortie. Tout le monde n’a pas réussi à fuir un milieu d’origine ouvrier violent, raciste, misogyne et misérable pour finir normalien. Et plus encore, personne, semble-t-il, n’avait réussi avec autant d’acuité à décrire ce processus de fuite contrainte. Édouard Louis, de son vrai (ancien) nom Eddy Bellegueule, l’a fait. On peut au moins lui reconnaître ça. Lire la suite

Pâle sang bleu – [Alizé Meurisse]

Est-il encore possible aujourd’hui de renouveler la langue et le rapport au monde qu’elle implique ? Alizé Meurisse nous prouve que oui. Avec Pâle sang bleu, son premier roman, elle expérimente le genre romanesque dans ce qu’il a d’hybride et n’hésite pas à déconstruire les mots, la phrase, la structure même du récit. La poésie s’invite à de multiples reprises, le soutenu et la préciosité côtoient le familier et le vulgaire, dans un mélange hétéroclite qui contient en lui-même sa propre cohérence. En bref, c’est presque à lire comme un poème en prose : toute la sensibilité de la poétesse éclate, page après page. Lire la suite

American Psycho – [Bret Easton Ellis]

American PsychoLe livre qui a ébranlé l’Amérique : American Psycho est souvent présenté ainsi. Un livre choc, furieux, scandaleux, déchaîné, violent, qui n’en finit pas de faire couler de l’encre et de provoquer des frissons. Sorti en 1991, le roman de Bret Easton Ellis a pourtant été adapté au cinéma et l’on pourrait penser que 20 ans après, l’effet tapageur se serait estompé. Si les Européens se rient de cette Amérique contradictoire, qui ne supporte pas de voir sa propre violence ainsi explicitée dans une oeuvre littéraire, ce livre est loin de laisser les lecteurs indifférents (qu’on l’abandonne après 30 pages ou qu’on se laisse happer par son flux hypnotique). Lire la suite

La Playlist du Dimanche #4 « Sukkwan Island », de David Vann

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Pour cette semaine, Arsène vous propose de découvrir Sukkwan Island, de David Vann, en musique ! Bonne écoute.

« Si ce n’est pas le livre le plus joyeux que j’ai lu c’est certainement l’un des mieux écrits. Construit en deux parties, ce roman allie poésie et violence brute de manière assez troublante et la fin ne laisse personne indemne. Playlist à écouter de préférence après avoir lu ce livre. » Lire la suite